• Sages et ignorants, quelques sages et beaucoup d'ignorants : le philosophe est confronté à la nécessité de prendre en compte cette différence, qui peut dégénérer en contradiction, et devenir une source de conflits au coeur desquels son entreprise se trouve inévitablement plongée. Parfois présenté comme un doctrinaire de la vérité pure, Spinoza est peut-être pourtant le philosophe qui a le plus fortement perçu le halo d'impureté dont la vérité à chaque fois s'entoure, ce dont il a entrepris de tirer toutes les conséquences. Comme le soutenait Deleuze, sa philosophie est en réalité avant tout « pratique », impliquée de part en part dans le mouvement des choses et de la vie, avec la prise de risques que cela suppose. Adopter le genre d'attitude propre à une philosophie pratique, c'est du même coup renoncer à délivrer des leçons de vérité assénées sous un horizon de certitude absolue.
    Dans cet essai, Pierre Macherey s'empare de l'alternative posée par le philosophe entre sagesse et ignorance, où se croisent sans se confondre un certain nombre d'enjeux fondamentaux qui concernent l'ontologie (la puissance de la substance et la nécessité de la nature des choses), l'éthique (la bonne conduite de la vie et les satisfactions qu'elle procure) et la politique (la paix civile, conforme aux exigences de la raison et indispensable à son exercice). Car ce qu'il s'agit de déterminer, c'est si Spinoza est un conservateur, défenseur acharné de mesures sécuritaires destinées à contenir les fureurs de la foule ignorante, ou un révolutionnaire, partisan d'une transformation radicale de l'ordre social allant dans le sens d'une levée des contraintes qui en font un mode collectif d'asservissement et d'abêtissement pour la plupart de ceux qui y participent.

  • Qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qui a passé de Canguilhem à Foucault? La mise à jour d'une question dont ils ont été les premiers à reconnaître l'urgence : le rôle des normes dans la nature et dans la société.
    Les normes ne sont pas des lois, des règles d'obligation qui supposent une contrainte extérieure pour être obéies. Elles interviennent à même les comportements, qu'elles orientent de l'intérieur. D'où viennent ces normes? D'où tirent-elles leur force ? De la vie, explique Canguilhem. De quelque chose qui, pour Foucault, pourrait s'appeler l'histoire. Comment la vie et l'histoire en sont-elles venues à conjoindre en pratique leurs actions respectives? Telle est la question autour de laquelle ont tourné ces deux auteurs-clés de la seconde moitié du XXe siècle, qui ont été constamment en dialogue.
    Cinq études, composées entre 1963 et 1993, apportent un témoignage sur la façon dont Canguilhem et Foucault ont fait évoluer cette thématique des normes -une innovation dont l'importance est aujourd'hui universellement reconnue.

  • Le sujet des normes

    Pierre Macherey

    Qu'est-ce qu'être sujet sous des normes ? Macherey rapporte cette question aux nouvelles structures de socialisation et d'exercice du pouvoir liées au développement, dans la seconde moitié du xviiie siècle, du machinisme et de la révolution industrielle, structures qui définissent encore la manière spécifique dont, en pratique, on devient sujet. Ces structures sont celles dont Marx a analysé la base économique dans Le Capital, et que Foucault, suivant une approche différente qui recoupe sur certains points celle de Marx, a pour sa part caractérisées en se servant du concept de « société de normes ». Elles correspondent à la mise en place de nouveaux modes de rationalisation caractérisés principalement par le fait qu'ils prennent pour cible non de l'effectif, mais du tendanciel, non du réel mais du possible. Le type de sujet approprié à ces structures est en conséquence un sujet potentiel identifié en fonction de qualifications qui lui sont attribuées sur la base d'une combinaison calculable de réel et de virtuel. La procédure de l'interpellation par l'idéologie théorisée par Althusser rendelle compte adéquatement de ce système ? En confrontant l'hypothèse avancée par Althusser aux analyses de Fanon et de Deligny sur la question de savoir ce que c'est, à présent, qu'être sujet, Pierre Macherey la conforte et l'enrichit, et donc reformule sur de nouvelles bases le concept d'idéologie, ce qui lui permet de caractériser les mécanismes idéologiques particuliers propres à une société de norme. Les essais ici rassemblés tentent d'apporter un éclairage à ces différents problèmes.

  • L'oeuvre de Jules Verne peut être abordée sous des angles très différents : le divertissement, l'information géographique, scientifique et technique, l'attrait poétique du fabuleux et de la féerie, etc., intérêts divers qu'elle satisfait aussi pleinement que possible à leur niveau respectif, ce qui soulève la question de la coordination entre ces intérêts qui ne sont pas automatiquement accordés entre eux et sont exposés en conséquence à diverger, voire même à s'opposer.

  • Identités

    Pierre Macherey

    La question de l'identité personnelle, sous ses deux formes : « Qui suis-je ? » et « Qu'est-ce que le moi ? », a souvent été traitée par des philosophes qui ont entrepris de la résoudre en empruntant la voie du raisonnement pur.
    Elle est ici abordée par un autre biais, à partir de trois protocoles expérimentaux qui permettent de la saisir à vif, en situation, et non dans l'abstrait :
    - l'ouvrage que Marc Parmentier a consacré à « la philosophie des sites de rencontre », - le récit fait par Jean Genet d'un étrange épisode vécu au cours d'un chemin de fer, dont les enseignements s'étaient raccordés dans son esprit à la fréquentation de deux peintres, Rembrandt et Giacometti, - la série de clichés photographiques réalisés par Cindy Sherman où, en vue de mettre en scène la mythologie de la femme américaine, elle s'est prise elle-même pour modèle.
    L'examen de ces expériences concrètes illustre la possibilité de faire de la philosophie autrement ; s'en dégage, non une réponse inédite à la question de l'identité personnelle, mais la confirmation du caractère définitivement aporétique des interrogations auxquelles celle-ci renvoie.

  • S'orienter

    Pierre Macherey

    • Kime
    • 8 Mai 2017

    En se demandant ce que c'est en pratique, s'orienter, on tire un fil auquel se raccrochent, présentées sous des biais inattendus, beaucoup de questions dont l'importance philosophique est manifeste et même centrale. On s'oriente, ou on est orienté - c'est le principal dilemme auquel on est confronté lorsqu'on s'intéresse à cette question -, dans l'espace physique, mental, collectif, en vue de s'identifier professionnellement, sexuellement, politiquement, religieusement, dans des conditions qui, à chaque fois, oscillent entre deux pôles extrêmes, l'un de passivité, l'autre d'activité. Au fond, la philosophie dans son ensemble pourrait renvoyer à cette question dont les enjeux concernent tout le monde à tout moment, partout, sans exception. Le rat qui se repère tant bien que mal dans le labyrinthe du psychologue, le voyageur qui essaie de se retrouver dans la forêt où il est perdu, le militant révolutionnaire qui cherche une issue à la crise qu'il a contribué à déclencher, le savant en quête d'épreuves de vérité qui lui permettent de démêler les problèmes qu'il s'évertue à clarifier, le croyant qui se demande désespérément où trouver un sens à la vie : toutes ces situations, qui s'inscrivent dans des contextes très différents, ont néanmoins en commun de renvoyer à la même exigence, celle de s'orienter, qui engendre des comportements dont le résultat n'est nullement acquis à l'avance. Peut-être est-ce de cette exigence et des innombrables difficultés auxquelles elle est confrontée que le désir de philosopher tire son impulsion première.

  • Pierre macherey est professeur honoraire de philosophie à l'université de lille iii. il a notamment publié lire le capital (avec l. althusser, é balibar, r. establet et j. rancière, maspero, 1965, rééd. puf 1996), à quoi pense la littérature (puf11990), hegel ou spinoza (la découverte, 1990) et avec spinoza (puf11992).

  • La parole universitaire

    Pierre Macherey

    • Fabrique
    • 21 Septembre 2011

    C'est sous un angle inhabituel que ce livre interroge l'Université : il ne s'agit pas de doctes recommandations sur ce qu'elle devrait être pour surmonter ses difficultés actuelles, mais d'une lecture croisée de discours tenus par des penseurs, les uns universitaires et les autres pas. Certains sont des philosophes -Kant, Hegel, Heidegger-qui ont entrepris, souvent dans des discours solennels, de fixer l'essence de l'Université, d'en dégager les finalités profondes. D'autres, qui représentent des "sciences humaines" comme la psychanalyse (Lacan) ou la sociologie (Bourdieu et Passeron), ont cherché à faire la théorie de la réalité universitaire, en portant sur elle un regard objectif et pour une grande part désenchanté. D'autres enfin sont des écrivains (François Rabelais, Thomas Hardy, Hermann Hesse, Vladimir Nabokov) qui ont abordé l'Université par le biais de la fiction, ce qui leur a permis d'en révéler, certaines dérives, perceptibles seulement d'un point de vue extérieur. Ce livre balise les étapes d'un parcours, enclenche la dynamique d'une prise de distance, indispensable pour y voir plus clair sur la nature de cette "chose" aujourd'hui en péril qu'est l'Université.

  • Présentation, 1 Lire l'Ethique de Spinoza, 1 Spinoza dans le texte (Eléments de bibliographie), 10 Les cinq parties de L'Ethique, 17 Sujet et composition du de Libertate, 29 Les axiomes, 45 Chapitre 1 / Les remèdes aux affects (propositions 1 à 20), 49 1. Le traitement psychophysiologique de l'affectivité, 51 Proposition 1, 51 Propositions 2, 3 et 4, 54 Propositions 5, 6, 7, 8, 9 et 10, 66.

    2. L'amour envers Dieu, 83 Propositions 11, 12 et 13, 84 Proposition 14, 87 Propositions 15 et 16, 88 Propositions 17, 18 et 19, 93 Proposition 20, 101 Scolie de la proposition 20, 103.

    Chapitre 2 / La libération de l'âme et la béatitude 13 (propositions 21 à 42), 117 1. La science intuitive et le point de vue de l'éternité, 118 Propositions 21, 22 et 23, 119 Propositions 24 et 25, 134 Propositions 26 et 27, 137 Propositions 28, 29, 30 et 31, 141.

    2. L'amour intellectuel de Dieu, 151 Proposition 32, 153 Propositions 33, 34 et 37, 156 Propositions 35 et 36, 162.

    3. La libération de l'âme, 177 Propositions 38, 39 et 40, 177.

    4. L'éthique au quotidien, 192 Propositions 41 et 42, 192.

    Appendice. Une carte de l'Ethique, 205 Partie I (de Deo), 205 Partie II (de Mente), 209 Partie III (de Affectibus), 217 Partie IV (de Servitute), 222 Partie V (de Libertate), 227.

  • La collection est dirigée par Bertrand Ogilvie, agrégé de philosophie, professeur à l'Université de Paris X - Nanterre, Francis Wolff, professeur à l'Université de Paris X - Nanterre et Frédéric Worms, maître de conférences à l'Université de Lille. Elle se divise en sections : Les grandes questions de la philosophie dont les ouvrages sont centrés sur des thèmes ou des notions de philosophie essentiels et Les grands livres de la philosophie, publiant des " Introductions " commentées accompagnant la lecture des grands textes.

  • Depuis que l'Ethique a été publiée, en 1677, les idées de Spinoza ont suscité, selon les orientations les plus diverses, un intérêt qui ne s'est jamais relâché.
    Mais ces idées, le plus souvent, ont été considérées pour elles-mêmes, indépendamment du contexte démonstratif qui soutient leur exposition, en raison du caractère extrêmement technique et de l'aridité de celui-ci. Dans le présent ouvrage, qui devrait servir d'outil de travail à ceux qui cherchent à avoir un accès plus direct au texte, sont proposées les explications indispensables à une lecture suivie de la quatrième partie de l'Ethique, où est abordée, sur des bases dégagées dans les trois parties précédentes (I.
    La nature des choses ; II. La réalité mentale ; III. La vie affective), la problématique proprement éthique pur laquelle l'ensemble du livre a été écrit. Sous l'intitulé " De la servitude humaine et des forces des affects ", Spinoza procède à un examen objectif de la condition humaine appréhendée dans ses limites, ses dispositions et ses aspirations, de manière à esquisser la dynamique pratique qui permet d'amorcer le mouvement conduisant de la servitude à la liberté : sont ainsi ouvertes les voies de la libération, qui seront examinées dans la cinquième et dernière partie du livre.

  • Avant-propos, 1 Sujet et composition du de Affectibus, 5 Un point de vue rationnel sur l'affectivité (titre et préface du de Affectibus), 5 Des passions aux affects, 15 Organisation de la vie affective, 22 Notions et principes de base (définitions et postulats), 33 Définitions 1 et 2, 34 Définition 3, 39 Postulats 1 et 2, 44 Chapitre 1 / Les fondements naturels et les formes élémentaires de la vie affective (propositions 1 à 11), 49 1. Actions et passions de l'âme (prop. 1, 2 et 3), 49 2. Le conatus (prop. 4 à 8), 71 3. Les affects primaires (prop. 9 à 11), 92 a) Le désir et sa double détermination (prop. 9, déf. 1 des affects), 95 b) L'alternative de la joie et de la tristesse (prop. 10 et 11, déf. 2 et 3 des affects), 113 Chapitre 2 / Les manifestations secondaires de l'affectivité et la formation de la relation d'objet (propositions 12 à 20), 127 1. L'amour et la haine (prop. 12 et 13, déf. 6 et 7 des affects), 132 2. Les mécanismes de l'association et du transfert (prop. 14, 15 et 16, déf. 8 et 9 des affects), 143 3. L'ambivalence affective (prop. 17), 159 4. La projection temporelle de l'affectivité (prop. 18, 19 et 20, déf. 12, 13, 14, 15, 16 et 17 des affects), 169 Chapitre 3 / Les figures interpersonnelles de l'affectivité et le mimétisme affectif (propositions 21 à 34), 183 1. Situations duelles et situations triangulaires (prop. 21, 22, 23 et 24, déf. 18, 19, 23 et 24 des affects), 190 2. Sentiments altruistes et sentiments personnels (prop. 25 et 26, déf. 21, 22, 25, 26, 28 et 29 des affects), 202 3. L'imitation des affects (prop. 27, déf. 33 et 35 des affects), 214 4. Agir sous le regard d'autrui (prop. 28, 29 et 30, déf. 30, 31, 43 et 44 des affects), 226 5. Les effets rétroactifs du mimétisme affectif : désirer et être désiré, aimer et être aimé, haïr et être haï pour soi et pour autrui (prop. 31, 32, 33 et 34), 243 Chapitre 4 / Les conflits affectifs (propositions 35 à 47), 263 1. Comment l'amour se transforme en haine (prop. 35, 36, 37 et 38, déf. 32 des affects), 264 2. Ne pas vouloir ce qu'on veut et vouloir ce qu'on ne veut pas (prop. 39, 40, 41, 42, 43 et 44, déf. 34, 36, 37, 38, 39 et 42 des affects), 275 3. Phobies et engouements (prop. 45, 46 et 47, déf. 5 et 11 des affects), 293 Chapitre 5 / Accidents et variations de la vie affective (propositions 48 à 57), 303 1. Fixations (prop. 48 et 49), 304 2. Pressentiments (prop. 50), 311 3. Lubies (prop. 51, déf. 27 des affects), 314 4. Emballements (prop. 52, déf. 4, 5, 10, 40, 41 et 42 des affects), 321 5. Soucis et préférences (prop. 53, 54 et 55, déf. 25 et 26 des affects), 331 6. Déduction des comportements affectifs occasionnels et définition générale des affects passifs (prop. 56, déf. 45, 46, 47, 48 des affects, déf. générale des affects), 343 7. Disparité des expériences affectives individuelles (prop. 57), 363 Chapitre 6 / Les affects actifs (propositions 58 et 59), 375 Répertoire des principales figures de l'affectivité, 391 La troisième partie de l'Ethique en abrégé, 405

  • Hegel ou Spinoza, et non Hegel et Spinoza : la question n'est pas ici de procéder à la comparaison entre des auteurs et des systèmes, enfermés une fois pour toutes dans les limites de leur sens, qu'on pourrait tout au plus identifier et exhiber dans un commentaire purement théorique. Ce qui vient au premier plan, c'est leur active confrontation, celle de doctrines irréductibles. Entre Hegel et Spinoza quelque chose se passe, et c'est la connaissance de cet événement qui peut nous faire avancer dans la connaissance de l'histoire de la philosophie, c'est-à-dire dans la connaissance de ce que c'est pour la philosophie que d'avoir une histoire. Hegel a lu Spinoza, et il ne l'a pas compris. Ce fait bien connu présente quelques particularités étonnantes. D'abord l'étrange fascination que Hegel éprouve à l'égard de Spinoza, dont il fait son principal interlocuteur philosophique. Surtout il y a ceci : en dépit de la méprise en quelque sorte systématique commise par Hegel sur la lettre du spinozisme, il y a une reconnaissance paradoxale de la position singulière que celui-ci occupe, à laquelle Hegel oppose une constante dénégation. Tout se passe comme si Hegel avait vu dans Spinoza la limite de son propre système. De ce point de vue, les perspectives traditionnelles se renversent : Hegel lecteur de Spinoza, c'est aussi et surtout Spinoza lecteur de Hegel. On dit souvent, pour expliquer ou excuser les erreurs de lecture de Hegel, qu'il a mieux compris Spinoza que celui-ci ne s'était compris lui-même et qu'il a lu dans son texte au-delà de ce qui y était écrit. Et si c'était Spinoza qui déjà avait mieux compris Hegel ?

  • à l'essai

    Pierre Macherey

    • Kime
    • 11 Janvier 2019

    Les études présentées dans ce volume portent sur des sujets empruntés à des domaines très divers : ceux-ci mettent en jeu des questions concernant la vie, la réalité sociale, la connaissance dont le traitement relève en particulier des compétences de l'anthropologie, de l'histoire des sciences, de la philosophie, et même de la littérature qui s'est intéressée à sa façon à ces questions. Les traverse l'hypothèse suivante : les contenus auxquels ces questions se rapportent, si différents soient les plans sur lesquels ils se situent, ont en commun de n'exister qu'« à l'essai », c'est-à-dire en cours d'élaboration, en travail, dans l'effort, à la peine, à travers des formes inachevées, donc en étant confrontés en permanence au risque de la crise, ce qui n'empêche qu'ils soient entraînés dans un élan continu sans qu'on sache où celui-ci conduit ni même s'il conduit quelque part. Or, pour rendre compte de ces réalités en devenir, marquées d'incertitude à un certain degré, le mieux était de procéder identiquement « à l'essai », en lançant une dynamique d'investigation qui ne suive pas un chemin déjà tout tracé conformément à un idéal de rectitude. De là une démarche systématiquement sinueuse, appuyée sur des lectures pratiquées comme autant d'expérimentations qui mettent à l'épreuve, cas par cas, l'hypothèse de départ telle qu'elle vient d'être évoquée. Sont ainsi esquissés, pour voir, sous réserve d'examen, les linéaments d'une philosophie pratique qui permet d'évacuer certaines alternatives traditionnelles comme celles du réel et de la pensée, du corporel et du mental, des faits et des valeurs, de la nature et de la culture, de la nécessité et de la liberté.

  • « Philosopher avec la littérature, formule qui représente le mieux l'esprit de ma démarche actuelle, ce n'est surtout pas philosopher sur la littérature, en cherchant à plaquer sur elle des catégories préfabriquées qui en dénaturent le libre jeu en le canalisant, en en rabotant les aspérités à coups d'abstractions convenues en vue de le ramener dans l'ordre du bien connu. Ce n'est pas non plus chercher les bribes de philosophie susceptibles d'être extraites des oeuvres de littérature où elles subsisteraient au titre d'éléments rapportés. Mais c'est faire ce que j'avais proposé d'appeler, et je maintiens cette proposition, des exercices de philosophie littéraire : c'est-à-dire, sans prétendre élucider leur sens final, car de sens final, justement, elles n'en ont pas, aborder la lecture d'oeuvres dites, en partie par convention, de littérature en essayant de dégager de cette lecture une incitation à faire de la philosophie autrement, d'une manière qui ne se substitue pas à celle que pratiquent ordinairement les philosophes, qui sont eux-mêmes des écrivains d'un type singulier, mais qui l'accompagne, sans la compléter, en lui offrant de nouvelles orientations, de nouvelles manières de poser les problèmes traditionnels de la philosophie, à défaut de pouvoir en esquisser les solutions, pour autant que les problèmes soulevés par la philosophie soient destinés à être résolus. » Cette réédition de l'essai de Pierre Macherey, paru en 1990 sous le titre À quoi pense la littérature ?, est l'occasion pour son auteur d'une mise au point. Dans sa Préface, il revient sur son parcours intellectuel et caractérise l'évolution de sa conception du rapport entre littérature et philosophie.

  • I - QUESTIONS GÉNÉRALES : Qu'est-ce qu'un livre ? ; En marge d'un livre possible ; Pour une théorie de la reproduction littéraire ; La chose littéraire ; Y a-t-il une philosophie littéraire ? ; Littérature et/ou philosophie.
    II - LECTURES : Histoire et roman dans Les Paysans de Balzac ; Les Mystères de Paris lus par Marx ; Une philosophie faite au tour du monde ; De la science du théâtre au théâtre de la science : le Galilée de Brecht ; Les mathématiques littéraires de Raymond Queneau ; « Voilà ! » : Simenon romancier ; Un roman métaphysique : La septième face du dé de Fernand Deligny.

  • Petits riens

    Pierre Macherey

    Peut-on penser le quotidien sans l'enfermer dans un cercle de familiarité qui viendrait l'annuler ? partant du constat selon lequel la philosophie s'est détournée du quotidien car elle a eu vocation à se penser comme une discipline de la raison ou de l'extraordinaire, l'essai de pierre macherey se veut une analyse des différents discours sur la vie ordinaire.
    De la philosophie aux sciences sociales en passant par la littérature, c'est à une exploration des modalités de captation de l'ordinaire que nous invite cet essai. il n'est pas certain, au bout du compte, que le quotidien soit un objet aisément identifiable. matière étrangère récalcitrante à toute conceptualisation, rebelle à toute clarification, le quotidien ne se laisse enfermer ni dans la philosophie, ni dans les sciences humaines, ni dans la littérature.
    Chaque fois qu'il est caractérisé, il disparaît ailleurs. ainsi le quotidien semble être la forme introuvable qui hante l'ordre des discours, les défait et les refait, anéantissant toute perspective de pensée en surplomb ou de discours systématique.

  • « Quelles sont les conditions qui font que certains discours fonctionnent comme discours littéraires ? ». Telle était la question, destinée à remplacer le sempiternel « Qu´est-ce que la littérature ? », qui était annoncée dans l'édition originale de Pour

  • Depuis que l'Ethique a été publiée, en 1677, les idées de Spinoza ont suscité, selon les orientations les plus diverses, un intérêt qui ne s'est jamais relâché. Mais ces idées, le plus souvent, ont été considérées pour elles-mêmes, indépendamment du contexte démonstratif qui soutient leur exposition, en raison du caractère extrêmement technique et de l'aridité de celui-ci. Dans le présent ouvrage, qui devrait servir d'outil de travail à ceux qui cherchent à avoir un accès plus direct au texte, sont proposées les explications indispensables à une lecture suivie de la deuxième partie de l'Ethique, où est abordée, sous l'intitulé " De la nature et de l'origine de l'âme ", l'étude rationnelle de l'âme humaine. Selon la caractérisation qu'en donne Spinoza, la nature de l'âme s'inscrit comme l'une de ses déterminations dans le contexte global d'une réalité mentale dont l'ordre est susceptible d'être appréhendé pour lui-même selon les rapports de nécessité qui le constituent intrinsèquement : ceci amène à présenter l'âme comme une idée qui, considérée dans son être objectif, est idée de corps, l'idée du corps, ainsi disposée à diverses formes d'activité qui rentrent toutes dans le cadre de la production d'idées, c'est-à-dire de la connaissance au sens large, avec ses différents genres que sont l'imagination, la connaissance abstraite et la science intuitive. La deuxième partie de l'Ethique, qui détient une position clé dans le déroulement du projet libératoire auquel est consacré l'ensemble de l'ouvrage, propose donc pour l'essentiel une analyse des conditions nécessaires dans lesquelles se déroule l'activité mentale, à laquelle elle restitue sa dimension pratique, voire même vitale, ce qui place cette analyse largement en rupture avec les traditionnelles " théories de la connaissance ".

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