Hazan

  • Léonard de Vinci

    Daniel Arasse

    Le célèbre Léonard de Vinci de Daniel Arasse, en format poche. La figure de Léonard, hautaine et mystérieuse, sa longue trajectoire hors du parcours habituel aux artistes de son temps, l'éclat de son oeuvre scientifique, d'urbaniste, d'écrivain, d'ingénieur, de dessinateur, de sculpteur, de peintre enfin, tout contribue à faire de lui un sujet qui intimide. Et de fait, si les études partielles abondent - qu'elles portent sur les Carnets, les machines, les dessins, les peintures... - rares sont ceux qui ont cherché à saisir et restituer Léonard dans sa totalité. Daniel Arasse a relevé cette gageure. Dans la première partie de son livre (L'Universel inachevé), il trace un « portrait de l'artiste en philosophe », analysant la culture de Léonard -culture d'autodidacte, culture d'atelier - , son mode de pensée, sa vision du monde. Il décrit ensuite comment, tout en établissant un rapport nouveau, moderne, entre artiste et commanditaire (« la fin de l'humilité »), Léonard a fait oeuvre d'artiste de cour, dans ses projets d'urbanisme, ses machines, ses installations éphémères pour les fêtes et le théâtre. La seconde partie est consacrée aux dessins, à la peinture, de L'Adoration des Mages à La Cène, en passant par les célèbres portraits de Léonard de Vinci.

  • Complément de l'Homme en perspective, le premier volume de cette histoire de l'art sur la Renaissance italienne au XVème. Le XVIe siècle ou siècle des génies est celui du maniérisme, partagé entre d'une part, la recherche de l'harmonie héritée de l'Antiquité et des modèles que sont Michel-Ange et Raphaël, et d'autre part, une exigence de l'expressivité.

    Remise en vente à l'occasion de l'exposition « La sculpture et les arts à Florence de 1400 à 1460 » au musée du Louvre du 23 septembre au 06 janvier 2014 et l'exposition « Rêver à la Renaissance » au musée du Luxembourg » du 9 octobre 2013 au 26 janvier 2014.

  • L'ouvrage entend prendre Michel-Ange et son oeuvre au «  mot  ». Nourri par les sources littéraires contemporaines, le texte propose une lecture monographique et une analyse biographique qui éclairent l'oeuvre de Michel-Ange comme sa personnalité artistique. Notes, poèmes et correspondances autographes de l'artiste, associés aux nombreux témoignages laissés par ses proches mais aussi par les théoriciens de l'art, composent ainsi un portrait physique, moral et esthétique de cet «  ange, plus divin qu'humain  ».  Le texte alterne entre un aperçu général du travail de Michel Ange (l'histoire) et des détails sur des particularités de sa personnalité ou de son esthétique (la théorie). Chapitre après chapitre, les thèmes qui composent ces différentes entrées mettent en avant des questions proprement artistiques (l'iconographie utilisée, les conceptions esthétiques, la formation de Michel Ange...) et des problèmes plus spécifiquement biographiques (personnalité, tempérament, anecdotes sur Michel Ange).Le parti pris dans la sélection des sources littéraires utilisées est de ne retenir que ce que les contemporains de Michel Ange ont écrit sur lui. Précédé d'une étude de l'auteur sur le thème abordé dans chaque chapitre, ce corpus est constitué d'«  archives  » pour la plupart, inédites ou épuisées. Elles regroupent aussi bien des passages de traités esthétiques du xvie  siècle (Condivi, Vasari, Danti, Varchi) que des lettres ou des poèmes de l'artiste. 

  • Giotto

    Marcelin Pleynet

    Avec cet essai intelligent et d'une belle clairvoyance, Marcelin Pleynet nous invite à lire l'oeuvre du maître italien de la fin du Moyen Age qu'était Giotto (1267-1337) à travers le contexte culturel et religieux de son temps, marqué en particulier par le mouvement d'émancipation introduit par la révolution du dogme du Purgatoire proclamé en 1274. Pourquoi ? S'instaure alors un nouvel ordre symbolique, propre au monde catholique (avec l'affirmation du pouvoir de réglementation de l'Eglise à travers les indulgences) mais, en même temps, un espace intermédiaire, entre le Ciel et l'Enfer, où s'engouffre l'imaginaire chrétien et où s'articule jusque dans la cohérence de la représentation l'espérance d'une vie terrestre libérée du poids de la condamnation unique à la Mort, au profit d'une relation plus harmonieuse entre l'ici-bas et l'au-delà.
    Un artiste comme Giotto (1267-1337) parvient à donner à cet « entre-deux », qui ne va cesser de s'élargir entre Ciel et Enfer pour gagner en autonomie, une forme et un espace. Ce sera le volume de la troisième dimension, ferment de la vision synthétique et de l'expressivité des scènes narratives, à travers lequel l'Occident va s'arracher au monde bidimensionnel et aux canons immuables de l'art byzantin. Un espace « mythique » ou théologique qu'il ne faut pas confondre avec celui que la Renaissance, mué par un bel élan prométhéen, saura parachever à travers la vision unifiée de la perspective géométrique.

    Car, en ce temps là, souligne l'auteur, « toute transformation aussi bien d'ordre spirituel, que formel ou iconographique, ne peut voir le jour que sous l'autorité d'un seul commanditaire, l'Eglise ». Et de développer comment c'est elle qui fera la gloire de Giotto en lui commandant de célébrer selon ses propres vues théologiques la légende de saint François à Assise, Padoue, Florence, ou encore de réaliser une immense peinture mosaïque apposée sur la façade de la basilique Saint-Pierre à Rome. Une gloire qui lui vaut de figurer de son vivant dans le volume « Purgatoire » de la Comédie de Dante en 1312-1313. Dante et Giotto seront d'ailleurs salués l'un et l'autre par leurs contemporains comme des hommes « au seuil des temps nouveaux avec la même majesté ».

  • « Pandore est la première femme, le beau mal ; elle ouvre une boîte défendue ; en sortent tous les maux dont héritera l'humanité ; seule demeure l'espérance. » D'Hésiode à Paul Klee, soit sur la totalité de l'arche de temps de l'art occidental, le mythe de Pandore accomplit son chemin. C'est ce parcours, avec ses longs silences, ses reprises, ses transformations, que le livre de Dora et Erwin Panofsky retrace. De la Délie de Maurice Scève (« Et de moy seul fatale Pandora ») aux dessins et aux peintures du néo-classicisme, de l'inquiétante et très belle Eva Prima Pandora de Jean Cousin à la femme fatale peinte par Dante Gabriel Rossetti, à travers livres d'emblèmes, textes savants, poèmes, compilations et grande peinture, ce sont non seulement les transformations d'un mythe, mais aussi la façon dont les époques qui le reprennent se projettent en lui, qui deviennent explicites. S'il sert bien tout d'abord à coudre très finement ensemble les pièces détachées dont se compose l'histoire de l'art, le fil conducteur des avatars du mythe de la boîte de Pandore, dégagé de l'ensemble du tissage culturel par une érudition à la fois extraordinaire et délicate, et comme tendu invisiblement par une sûreté théorique tout aussi déconcertante, vient ici fonctionner comme une sorte de révélateur. Le long de cette enquête si riche en pièces à conviction, le lecteur se retrouve, pour sa joie la plus grande, dans la posture de celui qui avance au sein d'une fiction : ce qui s'échappe de la boîte de Pandore ouverte par Erwin et Dora Panofsky, c'est la matière fictionnelle même, dans une pureté quasi originelle. Un nouvel essai du grand historien de l'art Erwin Panofsky, qui s'ajoute aux trois succès dans la collection Bibliothèque Hazan : Dürer, Titien et Les primitifs flamands.

  • L'oeuvre de Miró (1893-1983) a pris feu dans les ruines de la tradition de la représentation en Occident. Comment comprendre l'extraordinaire énergie créatrice qui s'est déployée entre ses débuts en Catalogne, son premier séjour à Paris en  1920 et la Seconde Guerre mondiale  ? Au cours de cette période d'intense recherche mûrissent et s'élaborent les ferments d'une pensée qui irriguera l'oeuvre de l'artiste jusqu'en ses ultimes prolongements.
    Une première approche consiste à replacer l'artiste dans le vaste contexte des poétiques du mythe, contemporaines de son oeuvre. Que Miró ait voulu parer ses créations de feux mythiques signifie qu'en sympathie avec le surréalisme et avec d'autres sensibilités proches (celles, en particulier, d'André Masson, de Michel Leiris et de Georges Bataille), il a été saisi par le désir de faire résonner, dans l'édifice brisé des formes de la représentation, la vibration éclatante des origines. Miró a passionnément participé à cet exhaussement d'un socle que la désagrégation de la culture classique européenne allait mettre au jour, par grandes concrétions d'images sauvages, irriguées d'une violence archaïque, secouées d'un rire métaphysique. Tous les récits, tous les objets venus d'horizons non européens ont été compris dans cette lumière, celle d'un nouveau savoir émergeant des ruines, et encourageant à accroître la destruction pour se parfaire. C'est ainsi que le jeune peintre s'est rendu célèbre en voulant de tout son être, disait-il, «  assassiner la peinture  ».
    Une autre voix, cependant, n'a pas cessé de se faire entendre en lui. Redevable à l'expérience solitaire de la campagne, au repliement méditatif, dans les champs de sa ferme de Montroig, cette voix ignorait les débats tempétueux de l'art contemporain et les rêveries primitivistes. Elle encouragea l'artiste à distendre le réseau des représentations pour remonter vers un sentiment de la vie intérieure irréductible à toute image. Il s'agissait donc de rendre les images, dans leur fragilité, dans leur ruine, réceptives à une résonance invisible, celle de la pure subjectivité.
    Entre ces deux postulations le mythe collectif et la vie intérieure , l'oeuvre a maintenu pendant un peu plus de deux décennies une tension, souvent portée à un point extrême d'incandescence, qui a fait sa singulière grandeur et sa gravité.
    Publié pour la première fois en 2004, ce texte essentiel dans l'historiographie du peintre a été mis à jour par Rémi Labrusse à l'occasion de l'exposition que le Grand Palais consacre à Miró à l'automne 2018.

  • Picasso

    Philippe Dagen

    Ce livre sur Picasso se veut différent de la littérature existante. Son propos n'est pas purement biographique : certes, tout n'a pas encore été écrit sur la vie du créateur le plus célèbre de son temps, mais elle est si connue que l'on peut se demander s'il est un artiste dont l'existence ait été aussi publique. Le propos, ici, s'énonce plutôt sous forme de questions. Que signifie être artiste au XXe siècle ? Que signifie être artiste au temps des journaux et des musées, au temps d'un marché élargi aux dimensions du monde occidental et d'une histoire étendue à toutes les civilisations humaines ? Peut-on espérer l'être comme aux époques précédentes ? La civilisation moderne est-elle si différente qu'elle incite l'artiste à des attitudes nouvelles et à redéfinir autant son rôle politique que ses rapports avec le public et le marché, et, naturellement, à inventer de nouvelles pratiques artistiques ? Cette dernière hypothèse est la plus probable. Picasso est donc considéré ici en fonction de sa situation en son temps, au sens le plus large du mot, bien au-delà des amitiés et des rivalités artistiques du milieu parisien. Lui-même, par nombre de ses prises de position, n'a-t-il pas affirmé qu'il refusait de s'enfermer dans l'atelier et se réservait le droit d'intervenir dans les affaires du monde - d'y réagir et de leur répondre ? C'est d'un Picasso résolument moderne parce que constamment et consciemment confronté à la modernité du monde qu'il s'agit : de montrer comment il laisse cette modernité pénétrer dans ses travaux - matériaux, images, techniques, inventions - et comment, en réaction contre elle, il donne forme picturale ou sculpturale à des archétypes - à des passions, à des pulsions - dont, à ses yeux en tout cas, la permanence témoigne de l'intemporalité. D'un mouvement d'acceptation et d'un mouvement de refus : d'une confrontation sans trêve qui est, peut-être, l'explication la plus satisfaisante que l'on puisse avancer de la volonté de changement qui l'a animé au point de laisser l'oeuvre la plus polymorphe et la plus diverse de toute l'histoire de l'art.

  • Le thème de l' «Annonciation » représente un défi pour un peintre. Comment représenter en effet l'irreprésentable, l'invisible - le mystère de l'incarnation : cette venue du Créateur dans la créature ? C'est sur cette question abordée par les artistes italiens entre le XIVè et le XVIè siècles que Daniel Arasse se penche en renouvelant notre perception de l'Annonciation italienne. L'invention progressive de la perspective à partir du XIVe siècle ouvre aux artistes de nouvelles formes de représentation par des moyens mathématiques perceptibles à l'oeil humain. Daniel Arasse montre comment certains d'entre eux utilisent paradoxalement la mesure géométrique de la perspective pour faire voir la venue de l'immensité divine dans le monde fini de l'humain, et l'acte par excellence mystérieux l'incarnation. Des Siennois aux Florentins du Quattrocento, cette histoire commune de la perspective et de l'Annonciation connaît de nombreux épisodes avant de produire à Venise, à la fin du XVIè siècle, un ultime avatar les machines de Véronèse articulées hors de toute allusion théologique à des fins théâtrales. Une passionnante confrontation des aspirations du monde plastique et du monde religieux à la Renaissance qui débouche ici sur l'écriture d'un nouveau chapitre de l'histoire de l'art italien.

  • Si Venise meurt

    Salvatore Settis

    Venise meurt de la fuite des vrais Vénitiens et de la surchauffe touristique, en expansion inverse. La mémoire exacte de ce qu'elle fut, la préservation de son patrimoine et sa beauté spécifique passent désormais après les impératifs économiques à court terme et le tapage médiatique de ses occupants provisoires ou saisonniers. Fragile, ancestrale, unique par son rapport au paysage, la Sérénissime se dépeuple, en butte à d'innombrables projets qui, sous prétexte de la « tirer de son isolement », assassinent sa diversité et l'écrasent au laminoir mono-culturel d'une « modernité » standardisée, pour la réduire à l'état de marchandise, à des fonctions hôtelières et touristiques.
    On sait ce qu'il en est des fondations fragilisées de cette illusoire cité des merveilles et des amoureux, on sait moins ce qu'il en est des autres menaces qui pèsent sur la ville, devenue la coquille vide de tous les excès du divertissement mondialisé. Les villes meurent de trois façons : détruites par un ennemi sans merci, occupées de vive force par un peuple étranger, ou frappées d'amnésie. Venise peut mourir si elle perd la mémoire, si nous ne savons comprendre son esprit et reconstituer son destin. Salvatore Settis rappelle avec force les données du problème : « L'éclipse de la mémoire est notre affaire à tous, elle menace la concorde civile, sape notre futur, étouffe le présent. Si la cité est la forme idéale et typique des communautés humaines, Venise représente aujourd'hui, et pas seulement en Italie, le meilleur symbole de ce condensé de significations, mais aussi de son déclin. Si Venise vient à mourir, ce ne sera ni par la main d'un ennemi sans pitié ni sous les coups d'un conquérant. L'oubli de soi sera seul en cause. » D'autres cités historiques, à travers le monde, vont connaître le sort de l'ancienne Athènes, minées qu'elles sont par la résignation à une fausse modernité, le dépeuplement et « l'oubli de soi ». Il nous faut retrouver l'âme de la cité, et soutenir son droit. Le cas de Venise, emblématique, inspire à Salvator Settis une réflexion de portée universelle : d'Aquila à Chongqing - cette métropole chinoise comptait 600 000 habitants en 1930, ils sont 32 millions aujourd'hui -, des mutations frénétiques imposées par le marché saccagent l'environnement naturel et l'espace social, bafouent le droit à la ville, notre droit de cité, et la démocratie. De cette menace, et de ses possibles remèdes, Venise est le suprême exemple.

  • Cet essai qui accompagne les conférences données par Anthony Grafton en 2012 au musée du Louvre, souhaite démontrer que la transformation profonde des modes de production et de réception des textes à travers le numérique coïncide pourtant avec les pratiques que l'on retrouve à travers toute la tradition écrite depuis l'Antiquité.

  • Dans sa quête de « ce que les hommes du XIVe et XVe cherchaient à travers les images », Daniel Arasse insiste sur « la diversité des cultures et des traditions locales, parallèlement au modèle toscan ». Avec lui, on regarde d'un oeil neuf « ces images italiennes du Trecento et du Quattrocento. Les hommes d'Italie y formulent, selon lui, une nouvelle figuration du monde et de l'homme, fondée sur une conscience progressive de leurs dimensions historiques et qui résonne parfois comme un appel à la prise en responsabilité de l'ensemble de l'histoire ».

    Remise en vente à l'occasion de l'exposition au musée du Louvre « La sculpture et les arts à Florence 1400-1460 » du 23 septembre 2013 au 6 janvier 2014.
    Un classique sur le mouvement artistique qui voit l'avènement de la Renaissance en Italie au XVe siècle.

  • La Camera di San Paolo est l'un de ces lieux un peu secrets qui, en marge des cycles célèbres et des chefs-d'oeuvre reconnus, constituent pour l'histoire de l'art des rendez-vous obligés. La singularité du propos, immédiatement visible, son caractère d'énigme ou de rébus font des peintures ornant cette " chambre " une véritable nasse symbolique où le visiteur fasciné se sent quelque peu perdu. Pourquoi et pour qui le Corrège a-t-il peint cet étrange cortège ? D'où viennent et que disent les figures ? À ces questions, l'étude de Panofsky répond, non de façon dogmatique, mais en suivant point par point le véritable réseau d'indices dissimulé dans les grisailles et le treillis de feuillage qui forme ce plafond unique en son genre. Devant un ensemble aussi complexe et aussi piégé, dont la cohérence saute aux yeux, Panofsky ne pouvait que relever le défi. Ce rébus mythologique, né dans le climat de l'Italie renaissante et selon les accents savants que lui imprimaient les cercles lettrés du Nord de la péninsule, fonctionne comme un véritable paradis exégétique : de telle sorte qu'avec cette étude Panofsky livre un modèle du genre, un modèle d'iconologie appliquée. Certes, ce n'est que la lettre de la peinture qui est ainsi approchée et il va de soi que l'indentification des figures ne dévoile pas tout de leur secret. Mais, chemin faisant, le voyage proposé à travers le temps, de l'origine de la mythologie à son réemploi renaissant, se mue en une série d'incursions dans la mémoire de l'Occident où, entre voilement et dévoilement, énigme et apparence, c'est la forme même d'apparition du sens qui est interrogée. Le cycle de peintures de la Camera di San Paolo à Parme, outre son raffinement exceptionnel, constitue un rebus mythologique né dans le climat de l'Italie renaissante et selon ses accents savants que lui imprimaient les cercles lettrés du Nord de la péninsule. Ce décor réalisé par Corrège fonctionne comme un véritable paradis exégétique à partir duquel Panofsky nous livre un modèle d'iconologie appliquée, à la manière d'un voyage à travers le temps, de l'origine de la mythologie à son réemploi renaissant.

  • Pierre Schneider (1925-2013) a écrit chaque semaine dans L'Express, des années 1950 jusqu'aux années 1990, parallèlement à son activité d'écrivain et d'historien d'art. Qu'ils soient courts ou qu'ils prennent la forme de véritables dossiers, ses articles sont à la fois de vrais morceaux de littérature et des réflexions d'histoire de l'art. Ils accompagnent aussi bien les grandes expositions internationales (en France, en Suisse, aux Etats-Unis, etc.) que les orientations de politique culturelle ou les réalisations marquantes d'architecture et d'urbanisme dans le monde occidental. Qu'il s'agisse de cinéma ou de littérature, d'urbanisme ou d'art contemporain, de Baudelaire ou des trésors et curiosités des églises parisiennes, de l'hôpital Santa Maria della Scala à Sienne ou de la coupole de Jules Hardouin-Mansart à Paris, du scandale des biens juifs spoliés en Autriche, de la chasse aux sorcières aux Etats-Unis ou de la beauté des graffitis à New York, Pierre Schneider aborde les sujets les plus divers. Ses prises de position, ses engagements et ses jugements se signalent par leur verve et leur liberté égales à celles de ses grands livres. Il se méfie, par exemple, à son ouverture en 1977, du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou (alias Beaubourg), « dosage habile de cours du soir et de parc d'attractions », il critique le soutien d'Etat à la création, à partir de 1981, il se moque amèrement de la dévastation des paysages par la politique publique du bâtiment, il s'enflamme pour la sauvage beauté des métros taggés, où « les trois-quarts des wagons sont aussi somptueusement illustrés qu'un manuscrit du Moyen Âge ».La réunion d'un choix de ces textes, répartis sur une trentaine d'années, permet de restituer une histoire parallèle et subjective de la vie artistique pendant cette période. Hommage est ainsi rendu à un pan méconnu de l'oeuvre d'une figure aussi singulière qu'influente de l'histoire de l'art et de la critique artistique au cours de la seconde moitié du xxe siècle.
    L'anthologie est introduite par une préface de Rémi Labrusse. Elle est accompagnée de textes d'hommage par René Binet, Yves Bonnefoy, Itzhak Goldberg, Jean-Claude Lebensztejn et Richard Shiff, ainsi que d'une bio-bibliographie rédigée par Tamara Préaud.
     

  • S'appuyant sur le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, paru en 1831 et ses différentes versions illustrées, l'auteur fait apparaître dans cet exemple emblématique que la construction, l'écriture et l'illustration du texte procèdent d'un même regard. Dans le chapitre " Ceci tuera cela ", Hugo médite sur le statut de l'imprimé face à l'architecture mais, par son écriture, donne à voir le livre comme une " cathédrale de poche ", où se déploient une suite de tableaux qui s'inspirent du retable et du vitrail comme des spectacles d'optique populaire. Qu'elle soit peinte ou lithographiée, ou bien restaurée par l'écrivain, le graveur ou l'architecte, la " cathédrale illustrée " contribue à forger le concept de série.
    L'auteur démontre à travers cet essai que ces bouleversements, tout à la fois expérimentaux et quotidiens, techniques et graphiques, vont trouver leur aboutissement dans ce qu'il est convenu d'appeler la révolution de l'art moderne à la fin du siècle.

    Exposition Cathédrales "Romantisme, impressionnisme et modernité au musée des Beaux-Arts de Rouen du 12 avril au 31 août 2014.

  • Autour de 1900, Paris rassemble une nouvelle génération de sculpteurs consciente de vivre l'aube d'une nouvelle ère et cherchant un langage pour cet avenir encore indécis. Auguste Rodin est un passage obligé, et contesté, pour tous, Français (Bourdelle, Maillol), Espagnols (Gargallo, Manolo, Picasso), Roumains (Brancusi), Polonais (Nadelman, Allemand (Hoetger, Lehmbruck), Ukrainien (Archipenko)...
      Paris est aussi un milieu intellectuel traversé de nouvelles idées qui stimulent les débats esthétiques et renouvellent nombre de questions : autonomie par rapport à la peinture, détour par le passé, relation à l'espace et au temps. Des penseurs comme Bergson, James, Nietzsche et Simmel, en substituant des notions comme l'intuition et la mouvance à la raison et à la permanence, fécondent la création plastique. Des sculpteurs aux sensibilités en apparence incompatibles apparaissent finalement comme formant un ensemble cohérent dans ce contexte.
      La création sculptée peut alors être lue comme une expérimentation de tous les moyens pour se débarrasser de ce que le nouvel univers mental conduit à abandonner. Un vrai foisonnement d'inventions et de recherches traverse les catégories et même les personnalités, rassemble des artistes souvent considérés aujourd'hui comme opposés ou les sépare alors qu'ils sont généralement associés. Cette profusion laisse penser que le XXe siècle aurait pu connaître des développements très différents de ceux qui nous sont familiers : l'après-guerre opéra une sélection tranchante dans tous ces « possible    

  • Inventeur de l'art abstrait, Kandinsky (1866-1944) compte parmi les plus grands artistes de notre temps. Sa pensée a inspiré toute la modernité, de Dada au constructivisme en passant par De Stijl, le Bauhaus et même le surréalisme. Il fut l'ami de Jean Arp, de Paul Klee, de Marcel Duchamp et d'André Breton, ainsi que des musiciens Arnold Schönberg et Thomas von Hartmann. Ce livre, désormais classique, éclaire de l'intérieur une oeuvre énigmatique qui défie les analyses usuelles de l'image. Il montre comment s'est opéré chez Kandinsky le « passage à l'abstraction », et ce qu'il doit à la volonté de faire advenir une nouvelle forme de sacré. Peinture, poésie ou théâtre, chaque domaine de production entre en résonance avec l'univers terrestre et cosmique, au-delà de toute représentation directe. L'oeuvre d'art, langage de l'âme, devient aussi le lieu d'un partage et peut-être d'une communion où le spectateur est partie prenante. C'est opposer à l'analyse scientifique une autre démarche de vérité et un autre accès à l'Être du monde.En lien avec la théorie kandinskienne des formes, des couleurs et de la composition, Philippe Sers étudie les fonctions supérieures que l'artiste attribue à l'image, les rapproche de la culture chinoise et de la tradition non narrative de l'icône. De multiples exemples, en chemin, viennent à l'appui de cette exploration qui ne dissocie jamais la théorie de la pratique. Le lecteur prend ainsi conscience du véritable pouvoir de l'art : nous conduire au-delà de nos limites.
     - L'oeuvre de Kandinsky, peintre de la « nécessité intérieure », s'inscrit parmi les mouvements pionniers de l'abstraction.
    - Grand connaisseur de l'oeuvre de Kandinsky, Philippe Sers livre une analyse minutieuse de l'oeuvre, qui met en lumière le processus créatif de l'artiste et présente le passage à l'abstraction comme une marche vers le sacré.
    - Outil pédagogique indispensable, ce livre allie la rigueur de la pensée au plaisir de la lecture, en format poche (première édition Skira, 1995).
    - 2016, 150e anniversaire de sa naissance, est l'année Kandinsky en France      

  • 1348 : La peste anéantit la moitié de la population de Sienne et de Florence. Un événement si considérable et si traumatisant ne pouvait rester sans conséquences sur l'histoire de la représentation. Occultée par la tradition qu'inaugure Vasari et qui s'efforce de décrire la montée de l'idéal renaissant comme un chemin lisse et pratiquement sans accrocs, la peste de 1348 vient pourtant briser net un élan de confiance en soi-même et semer, avec de violents tourbillons, le doute dans les esprits. C'est cette césure qui fait l'objet du livre aujourd'hui classique de Millard Meiss, lequel vient éclairer d'un jour inoubliable cet art du Trecento où, comme l'a écrit Émile Mâle, " la mort se montre soudain dans toute son horreur ". Mais la relation de la peinture à l'événement n'est ni un simple lien de cause à effet, ni celui d'une illustration directe. Avec la peste, l'image d'un monde ordonné et stable - d'un monde qui commençait à ordonner et à espacer ses images - bascule. Mais les chemins sont lents et complexes, qui vont du traumatisme de l'événement au dérèglement qui se voit dans les peintures. Ils passent notamment par le " désordre de l'imagination " dont la peste est le foyer et par toute l'agitation intellectuelle et mystique qui cherche à lire des signes dans ce désordre. Aussi les figures de sainte Catherine de Sienne ou de Boccace ou encore les courants de prophétie fanatique qui se répandent alors en Toscane sont-ils évoqués dans ce livre avec autant de ferveur que les images elles-mêmes. De telle sorte qu'entre histoire de l'art et histoire tout court un pont, prudent mais solide, est ici tendu.

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