Richard Leydier

  • Ce livre ravira les curieux et les amateurs de l'oeuvre de François Rouan en faisant découvrir les récents travaux de l'artiste : peintures à la cire sur papier et tressements photographiques. Ces travaux sont le fruit d'un dialogue amorcé en 2004 avec l'oeuvre du peintre italien Francesco Primatice, à l'occasion d'une exposition au musée du Louvre. François Rouan, ému par les dessins du maître italien, a retenu des compositions, des figures ou détails que l'on retrouve sur ses photographies : corps nus féminins fragmentés par le tressage et opacifiés par la peinture à la cire. Naissent alors formes et couleurs voluptueuses, visages et membres délicats, pour faire entrevoir la beauté d'une oeuvre en plein envol.

  • Stéphane Pencréac'h s'est vu confier une carte blanche par le fondeur Régis Bocquel pour restructurer l'intérieur d'un bunker de la Seconde Guerre mondiale juché sur le falaises de Fécamp. De l'extérieur, c'est comme une visière de béton taillée dans la roche au-dessus de la mer. Depuis que les troupes allemandes, délogées, ont abandonné les lieux, on pouvait croire au vide, au silence du retrait. Or, aujourd'hui, y pénétrer c'est découvrir, dans une atmosphère pompéienne, une maison close et son antichambre.
    L'artiste a tout investi : des fresques recouvrent les murs, badigeonnés de rouge ; une mosaïque surgit du sol nouvellement pavé ; des sculptures vous cueillent. Le temps semble arrêté ; l'histoire réécrit l'histoire.
    L'ouvrage, présenté comme un work in progress, revient en images sur toutes les étapes de la réalisation artistique.
    En parallèle, se déroule le texte de Richard Leydier :
    Une fiction ayant pour toile de fond la vie dans un bunkerlupanar.

  • Après la période fondatrice qui, ouverte pars les années 1960, fait l'objet du premier volume des Grands entretiens d'artpress sur la performance, cette dernière connaît renouveau et renouvellement. Elle est devenue un objet historique dont les rétrospectives se multiplient et sur lequel reviennent ses figures pionnières, à l'instar, dans ces pages, de Marina Abramovic, Joan Jonas, ORLAN ou VALIE EXPORT. Mais elle ne cesse aussi de se transformer. Elle dépasse alors la question initiale du corps exposé pour interroger la forme même du spectacle. A tel point qu'elle puisse être contestée, par exemple par Gianni Motti : privilégiant des interventions à l'extérieur du champ de l'art, sa rétrospective muséale ne montrait rien.

    Entretiens avec Marina Abramovic, Vanessa Beecroft, Marie Cool & Fabio Balducci, Dora Garcia, Joan Jonas, Oleg Kulik, Gianni Motti, ORLAN, Lili Reynaud-Dewar, VALIE EXPORT.

  • Première monographie de l'artiste qui fait des états du corps en mutation le territoire de ses recherches, entre désirs et souffrance : un livre-objet non pas chronologique ou descriptif, mais davantage tourné vers l'intimité d'un processus de création, conviant le lecteur à s'immerger dans un geste pictural et à plonger dans le quotidien d'un atelier.
    Entre l'âge de sept ans et vingt ans, Sarah Jérôme exerce la danse quotidiennement. Au fil des étirements, des enchaînements et des efforts, elle parvient à sculpter et à modeler son corps. La danse classique appelle à un dressage du corps, une discipline que l'artiste a peu à peu refusée et abandonnée. En 2008, elle décide de se plonger dans le dessin, la peinture et la sculpture. Le corps constitue la colonne vertébrale de sa réflexion plastique. Des ramifications s'opèrent vers d'autres territoires comme le temps, la mémoire, le paysage et la matière. Ses oeuvres génèrent des impressions contradictoires. Si la danse représente une source de jouissance et de beauté, elle renferme aussi la douleur, la privation et la soumission. La grâce y est synonyme de torture.
    Cette monographie est une invitation à la découverte du regard d'une artiste qui retranscrit le monde à travers un spectre à la fois poétique et critique dans une esthétique de la dissonance, traduite en images intenses et vulnérables. Au moyen de mediums protéiformes comme le dessin, la peinture, la sculpture ou l'installation cet ouvrage est le témoignage d'une démarche qui sensibilise le spectateur à une vision non manichéenne du monde, tapissée au contraire de zones grises d'une troublante attraction. Les sections iconographiques sont accompagnées d'un texte critique et d'un entretien d'une part, mais aussi de témoignages de collectionneurs privés révélant leur relation à l'oeuvre et à l'artiste.

    « Un rapport dichotomique que Sarah Jérôme distille dans son oeuvre en opérant à des frottements entre la séduction et la répulsion, l'étonnement et l'effroi, le rêve et le cauchemar, la délicatesse et la brutalité. Elle explore un espace entre-deux, deux états, deux sentiments, deux moments. Mue, réalisée en 2013 figure un couple dont les corps sont enchevêtrés. Formés de longs fils de lins tressés, ils semblent surgir de la matière, comme l'apparition d'une vision, d'un souvenir aussi bienveillant qu'angoissant. Les tresses épaisses les emprisonnent, ils sont comme pétrifiés, figés dans le temps. L'artiste fait ici référence à nos ancêtres dont les histoires nourrissent non seulement les nôtres, mais aussi une mémoire collective. Entre présence et absence, ils nous habitent et traversent le temps. Leur apparence fascinante et monstrueuse souligne la complexité de l'histoire humaine. L'artiste fouille la dimension monstrueuse du corps avec une série de peintures intitulée Les Montagnes. Sur des feuilles de calque, la peinture à l'huile est asséchée par l'essence. Les matières opposées sont travaillées par le dessin. L'artiste prélève et creuse la peinture pour faire surgir des visages féminins de montagnes massives et monumentales.
    Telles des chrysalides rocheuses renfermant des corps de femmes, les montagnes sont autant un abri à l'intérieur duquel il est possible de se cacher, qu'une prison. Les corps sont ici envisagés comme des constructions formées de couches et de strates. Pris dans la matière et dans l'ambivalence, ils sont en devenir ou bien murés dans la douleur et l'impossibilité. Il en est de même pour les visages sculptés dans la terre. Le Champs de Pensées est composé de têtes endormies disposées au sol, elles sont survolées par un groupe de corbeaux dont les intentions sont aussi menaçantes que protectrices. En hybridant le corps, la nature et la mémoire, Sarah Jérôme revisite un registre symboliste convoquant la magie, la religion, les mythologies et la poésie. Son oeuvre engendre une vision plurielle de notre histoire, des relations humaines et de nos relations à la nature. Entre épanouissement et aliénation, l'artiste sonde la matière humaine pour en extraire les trésors monstrueux. » Julie Crenn

  • Créé à Paris en 1972, art press est considéré comme l'une des meilleures revues internationales sur l'art contemporain, suivant au plus près la création, tout en fournissant des clefs d'analyse d'un domaine qui à la fois soulève beaucoup de curiosité et déroute souvent. L'évolution de la revue se confond avec les transformations récentes de l'art, depuis les dernières avant-gardes jusqu'aux effets actuels de la globalisation. Elle témoigne de cette histoire dans laquelle elle a pris une part active au travers de ses engagements et des débats qu'elle a elle-même suscités. C'est tout cela que Catherine Millet, fondatrice de la revue dont elle continue de diriger la rédaction, raconte dans ce livre, restituant, à travers anecdotes et réflexions, l'épaisseur de ces années. C'est aussi sur son parcours personnel qu'elle revient, en répondant aux questions d'un de ses plus proches collaborateurs, Richard Leydier, faisant de ce dialogue celui de deux générations de critiques d'art. Mais Catherine Millet est aussi l'auteur du best seller La Vie sexuelle de Catherine M., ouvrage à partir duquel elle s'est engagée dans un travail littéraire qu'elle met ici en perspective par rapport à son expérience de critique.

  • Bien qu'installé en France depuis quinze ans, le sculpteur allemand Stephan Balkenhol demeure peu connu dans l'hexagone. De fait, cette grande exposition permet de prendre conscience de la pleine dimension d'une démarche qui offre une image renouvelée, non dénuée d'humour, de la statuaire anthropomorphique et une exploration subtile de la psyché contemporaine. Apparues au milieu des années 1980, les sculptures de Balken - hol se sont immédiatement signalées par leur dimension figurative affirmée et sont très rapidement devenues les icônes d'un renouveau de la sculpture figurative en Europe.
    L'attention qu'il prête à son matériau de prédilection, le bois (préserver son apparence originelle, ne pas masquer l'impact de l'intervention manuelle, lier en un même bloc solidaire figure et socle), indique clairement une optique moderniste. Cependant, ce qui retient avant tout l'attention dans son oeuvre est la place centrale accordée à la figure humaine. Jeunes, lisses, élégants, les hommes portent un pantalon noir et une chemise blanche, les femmes une robe courte de couleur unie et apparaissent comme autant d'archétypes de la société occidentale de la fin du XXe siècle. Pour accentuer leur dimension mimétique et renouer avec la tradition médiévale de la sculpture en bois polychrome, l'artiste peint ses figures, à l'exception toutefois des chairs qui sont toujours laissées en bois brut. Cette restitution réaliste confère à ses sculptures à la fois un aspect familier et une sorte d'inquiétante étrangeté, sentiment renforcé par les brusques changements d'échelle opérés par l'artiste qui traite ses sujets aussi bien aux dimensions de la miniature qu'à celles du monumental. Autour de la figure humaine, Stephan Balkenhol développe des thèmes qui croisent les interrogations fondamentales sur l'identité, la norme et l'altérité, l'individu face à lui-même et face au groupe, les rapports entre les sexes, la présence de la mort. Une thématique qui s'est enrichie au fil des décennies et que l'artiste traite sous des formes de plus en plus variées (ronde-bosse, bas-relief).
    C'est précisément par cette manière, simple et subtile, d'associer héritage historique et tradition artistique à des partis pris modernes et un univers résolument actuel que Stephan Balkenhol s'inscrit avec autant de force et d'originalité dans le champ de la sculpture d'aujourd'hui. Son oeuvre ne s'appuie pas sur une relecture tonitruante du passé, mais plutôt sur une tentative sincère et exigeante de renouer avec une histoire de la sculpture réaliste en préservant un regard à la fois tendre et ironique sur ce qui l'entoure:
    Une manière de réenchanter le désenchantement du monde d'aujourd'hui et de redonner à la mélancolie une forme on ne peut plus contemporaine, douce et amère.

  • Gérard Schlosser de-ci, de-là : dessins choisis Nouv.

    Longtemps ignoré les qualités de dessinateur de Gérard Schlosser ont été éclipsé par le succès de ses peintures. Le travail préparatoire, traditionnellement dévolu au papier, a été accaparé dans son cas par le recours à de passionnants photomontages.
    Plus que tout autre moyen d'expression, le dessin est plus apte à refléter jusque dans leurs moindres détails le spectacle du quotidien. Gérard Schlosser, dès ses début nourri d'une formation académique, recherchera pour ses études sur papier les possibles techniques appropriées à ses besoins, aussi multiples soient-ils, plume, lavis, fusain, collage, crayon noir, stylo-bille, feutre, etc. Car à travers la diversité de la matière c'est la diversité de l'esprit humain qu'il saisira pour en établir la somme et révéler son infinie richesse.
    /> Le corpus dessiné de Gérard Schlosser est assez déroutant au premier abord. Il ne correspond pas vraiment à l'idée qu'on s'en fait a priori lorsqu'on a en tête un oeuvre pictural marqué par le détachement et la sobriété, fut-il, pour une grande partie, dirigé par l'érotique d'un regard. Se fait ainsi jour un hiatus entre la première pensée visuelle et préparatoire, le dessin ou dessein, et son aboutissement pictural.
    Cette édition exceptionnelle réunit un ensemble de dessins inédits embrassant toute la carrière de l'artiste, en 12 carnets répartis chronologiquement et thématiquement, sous étui numéroté et signé, tirage limité à 450 exemplaires.

  • Richard Leydier pense cette exposition comme un clin d'oeil aux théories sur la fin du monde prophétisée par les mayas et propagée comme légende urbaine, censée avoir lieu le 21 décembre 2012.
    Il comptr faire venir des oeuvres réalisées principalement par des artistes trentenaires et quarantenaires parmi les plus connus d'Europe, et y inclure de grands noms vécus comme des figures tutélaires. Cela permettrait de voir pour la première fois à Montpellier des oeuvres de Thomas Helbig, Axel Pahlavi, Jérôme Zonder, David Altmejd, John Isaacs, Anne Wenzel, Robert Longo, Jake et Dino Chapman, Paul Fryer ou encore Bernhard Martin.

  • 1959 : dans le film On the Beach (titre français : Le Dernier Rivage) du réalisateur Stanley Kramer, les habitants de Melbourne vivent leurs dernières semaines après qu'un conflit nucléaire a annihilé les populations de l'hémisphère nord. Pendant que le nuage atomique descend inexorablement vers le sud, ils continuent de travailler, élèvent leurs enfants, se baignent, profitent du soleil de l'été austral.
    2011 : dans la nef de la belle église désacralisée du Carré Sainte-Anne, à Montpellier, Marc Desgrandchamps expose des tableaux de baigneuses et de marcheuses insouciantes. Elles paraissent indifférentes aux avions menaçants, peu concernées par la lente désagrégation de leur corps par une matière picturale liquide. Ces oeuvres partagent avec Le Dernier Rivage une même tonalité crépusculaire, entre la lumière et l'ombre, entre le carpe diem et le memento mori.
    La confrontation entre le film - et des extraits du livre de Neil Shute dont il est tiré - et la peinture de Desgrandchamps permet qu'ils s'éclairent l'un l'autre.

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