Hazan

  • Picasso

    Philippe Dagen

    Ce livre sur Picasso se veut différent de la littérature existante. Son propos n'est pas purement biographique : certes, tout n'a pas encore été écrit sur la vie du créateur le plus célèbre de son temps, mais elle est si connue que l'on peut se demander s'il est un artiste dont l'existence ait été aussi publique. Le propos, ici, s'énonce plutôt sous forme de questions. Que signifie être artiste au XXe siècle ? Que signifie être artiste au temps des journaux et des musées, au temps d'un marché élargi aux dimensions du monde occidental et d'une histoire étendue à toutes les civilisations humaines ? Peut-on espérer l'être comme aux époques précédentes ? La civilisation moderne est-elle si différente qu'elle incite l'artiste à des attitudes nouvelles et à redéfinir autant son rôle politique que ses rapports avec le public et le marché, et, naturellement, à inventer de nouvelles pratiques artistiques ? Cette dernière hypothèse est la plus probable. Picasso est donc considéré ici en fonction de sa situation en son temps, au sens le plus large du mot, bien au-delà des amitiés et des rivalités artistiques du milieu parisien. Lui-même, par nombre de ses prises de position, n'a-t-il pas affirmé qu'il refusait de s'enfermer dans l'atelier et se réservait le droit d'intervenir dans les affaires du monde - d'y réagir et de leur répondre ? C'est d'un Picasso résolument moderne parce que constamment et consciemment confronté à la modernité du monde qu'il s'agit : de montrer comment il laisse cette modernité pénétrer dans ses travaux - matériaux, images, techniques, inventions - et comment, en réaction contre elle, il donne forme picturale ou sculpturale à des archétypes - à des passions, à des pulsions - dont, à ses yeux en tout cas, la permanence témoigne de l'intemporalité. D'un mouvement d'acceptation et d'un mouvement de refus : d'une confrontation sans trêve qui est, peut-être, l'explication la plus satisfaisante que l'on puisse avancer de la volonté de changement qui l'a animé au point de laisser l'oeuvre la plus polymorphe et la plus diverse de toute l'histoire de l'art.

  • Hodler Monet Munch

    Philippe Dagen

    • Hazan
    • 14 Septembre 2016

    Pourquoi réunir le temps d'une exposition Ferdinand Hodler, Claude Monet et Edvard Munch ? Parce que ce sont des peintres essentiels de la modernité européenne, entre impressionnisme, post-impressionnisme et symbolisme. Parce que leurs oeuvres s'avancent dans le xxe siècle - jusqu'en 1918 pour Hodler, 1926 pour Monet et 1944 pour Munch - et qu'elles ont exercé une influence déterminante dans l'histoire de l'art.Mais, plus encore, parce qu'ils ont, tous les trois, affronté des questions de peinture en apparence insurmontables, avec la même constance et au risque d'être incompris. Comment peindre de face l'éclat éblouissant du soleil, avec de simples couleurs sur une simple toile ? Comment peindre la neige ? Comment suggérer les mouvements et les variations de la lumière sur l'eau ou sur le tronc d'un arbre, malgré l'immobilité de la peinture ?« J'ai repris encore des choses impossibles à faire : de l'eau avec de l'herbe qui ondule dans le fond... c'est admirable à voir, mais c'est à rendre fou de vouloir faire ça. » Ces mots sont de Monet, mais ils pourraient être ceux du peintre qui, jusqu'à sa mort, s'obstine à étudier l'horizon des Alpes depuis sa terrasse, de l'aube au crépuscule - Hodler. Ou de celui qui revient inlassablement - jusqu'à la dépression - sur les mêmes motifs colorés, une maison rouge, des marins dans la neige, le couchant - Munch. Tous trois ont mis la peinture à l'épreuve de l'impossible.

  • 1960/2010 : ce livre entend décrire et éclairer un demi-siècle dont on postule qu'il a vu, au plan mondial, des transformations profondes des pratiques artistiques et des rapports que les contemporains peuvent entretenir avec les formes de création qui leurs sont contemporaines. Ces grandes étapes sont précédées d'une première partie qui identifie les nouveaux cadres de fonctionnement de l'art : l'éclatement des pratiques et des critères, la disparition progressive des centres au profit d'une pratique nomade du contact avec l'art, à travers le phénomène des foires ou biennales et celui du poids du marché, sans oublier le phénomène de mondialisation. Une chronologie détaillée replace les faits, manifestes, expositions, foires, biennales, oeuvres repères dans leur temps social, politique et culturel.
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  • Que fut la Première Guerre mondiale pour les peintres ? Ce que l'on imagine : l'interruption des relations artistiques en Europe, l'éclatement des groupes, la paralysie des mouvements avant-gardistes qui prospéraient depuis le début du siècle.
    Pour la plupart des peintres d'entre vingt et quarante ans, ce fut surtout la mobilisation, quatre années de danger, les combats, les tranchées et, pour plusieurs, la mort. Mais ce fut aussi l'expérience des limites de la peinture. Pour la première fois, un événement capital a, pour l'essentiel, échappé à l'art des peintres. Peu d'oeuvres en sont nées et des questions se sont posées bientôt : que peut le dessinateur ou le peintre face à une réalité trop dissimulée, trop raide, trop moderne pour lui ? Que peut il en comparaison du photographe, sinon du cinéaste, hommes de l'instantané et du document sur le vif ? Doit-il renoncer à peindre l'histoire de son temps, parce que celle-ci lui échappe ou, à l'inverse, doit il chercher des formules nouvelles dans le cubisme et le futurisme ? Celles-ci peuvent elles affronter l'horreur du champ de bataille et l'immensité de la souffrance ? On voit quelles seraient les conséquences si le peintre, décidemment, devait renoncer dans cette épreuve.
    Tel est le propos de l'ouvrage, dont les principaux « héros » se nomment Leger ou Dix, Derain ou Severini, Vallotton ou Kokoschka, Beckmann ou Picasso.

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