Grasset Et Fasquelle

  • Philippe Dagen, romancier et journaliste, est critique d'art au quotidien Le Monde. Il a publié chez Grasset deux romans, La Guerre (1996) et Les Poissons rouges (2000), et un essai, La Haine de l'art (1997).

    Le Livre:
    « Pourquoi l'art serait-il impossible aujourd'hui ? Parce que la situation lui est défavorable. Parce que la société contemporaine n'a plus de temps à consacrer aux artistes vivants. Elle réserve son attention aux divertissements que diffuse chaque jour la télévision, aux messages qui répète la publicité, aux mythologies qu'exploite un cinéma dit « grand public », aux spectacles sportifs, aux loisirs. Ces activités ont pour elles l'écrasante supériorité de la facilité, du nombre, de la masse, de l'argent : il suffit de marcher dans n'importe quelle ville, à commencer par Paris, pour s'en rendre compe. On peut en prendre son parti et capituler devant cet état de fait - c'est l'attitude la plus confortable. C'est la plus répandue de nos jours, et aussi celle de bien des artistes eux-mêmes qui, certains de n'avoir plus qu'une audience minime, ont réduit leur champ d'action à leur atelier et au musée, renonçant à exercer une influence quelconque sur leurs contemporains. L'art est ainsi devenu un secteur spécialisé très étroit, soutenu en France par des subventions d'autant plus présentes qu'il lui manque les amateurs et les collectionneurs qui le défendraient. Clos sur lui-même, indifférent au présent, fier de son hermétisme, cet art se condamne au silence parce qu'il ne se croit plus capable de se faire entendre. » Philippe Dagen Dénoncer la société du spectacle ? C'est ce à quoi s'emploie, avec le sens polémique qu'on lui connaît, Philippe Dagen. De l'abêtissement par le Loft au tout-sexuel avec Catherine Millet, de Debord à Walter Benjamin, du système carcéral des musées à la défense d'un certain art contemporain, Dagen s'emporte, convainc, défend. Il ne se résigne pas ! Un exercice salutaire.

  • La guerre

    Philippe Dagen

    Sous-lieutenant au 329e régiment d'infanterie en 1940, Charles Bruguières déserte. Faux ancien combattant démobilisé, professeur de lettres à Montauban, esprit prudent, il se laisse mener par son dégoût de lui-même et du monde. Rien ne ressemblait alors plus à la France de 1941 que Montauban : population aussi neutre et indécise que la grande majorité des Français à cette époque, proviseur maréchaliste, collègues au lycée d'une lâcheté feutrée, fêtes patriotiques où l'on salue à l'antique la France nouvelle. Charles Bruguières, mécontent de lui et des événements, hésite. Faut-il devenir un héros ? Faut-il glisser à la couardise générale ? Entre la révolte et la honte de dire toujours oui, il balance. Sous la forme d'un journal intime, ce roman traite de la guerre : celle que nous faisons aux autres. Celle que nous menons contre nous-mêmes.

  • Il était une fois un poète moderne. boxeur, critique d'art, neveu d'Oscar Wilde. qui avait hanté les mémoires des dadaïstes et des surréalistes. Il se faisait appeler Arthur Cravan. On date sa mort de la fin de 1918. Se serait-il noyé dans le Rio Grande, à la frontière du Mexique et du Texas ? Nul ne le sait vraiment. Admettons maintenant l'hypothèse romanesque de Philippe Dagen : Arthur Cravan n'est pas mort noyé. On l'a vu retraité anonyme sur les rives du Léman, à Genève, amant d'une très jeune femme. Le poète-boxeur y rédige ses mémoires : l'histoire d'une vie, multiple. désordonnée : combats de boxe et femmes aimées, parties fines avec Marcel Duchamp et Henri-Pierre Roché, amitiés avec Francis Picabia et Félix Fénéon. fâcheries brutales avec Robert Delaunay et Marie Laurencin. Quelle fut donc la logique de cet homme à éclipses ? L'ennui, le goût de la tromperie, le désir d'échapper à soi, la folie singulière d'un transfuge de l'art. Philippe Dagen réinvente ici la vie secrète et véritable d'Arthur Cravan par lui-même : le journal d'un fantôme.

  • Qui a volé Les poissons rouges ? Plusieurs tableaux célèbres qui tous portent ce titre ont dispau. Une enquête difficile s'engage. Fausses pistes et faux-semblants mèneront chacun au bout d'un jeu de dupes.

    Dans le bocal du roman, les personnages tournoient. Il y a Schaeffer, directeur d'un quotidien, jouisseur las et stratège, qui observe chaque jour le déferlement de l'information. Il y a Jouffroy, ancien chef magasinier à la Bibliothèque Nationale, qui ne sait que faire de son temps. Il y a Delcourt, journaliste qui raffole des filatures de l'ombre, obsédé par sa proie. Monval, homme de réseaux politiques et des secrets. Il y a Salmon, flic rêveur et dépressif, qui se noie dans l'enquête qu'il devrait résoudre. Tous se frôlent, s'approchent, s'évitent, se dévorent.

    Philippe Dagen, moraliste à sa manière, s'interroge sur l'absurdité de nos actes. Roman policier ? Satire du monde de l'art ? Comédie de l'actualité ? Querelle dans un aquarium ? Nous sommes tous des poissons rouges.


    Philippe Dagen est l'auteur, chez Grasset, d'un roman : La guerre (1996) et d'un essai, La haine de l'art (1997).

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