Marcel Schwob

  • Ce classique de la littérature «fin de siècle» a inspiré Les Nourritures terrestres de Gide. Les paroles de Monelle, la femme-enfant, sont un appel à sortir du temps, à jouir du moment. Tout détruire, tout oublier sont les conditions d'une vie nouvelle.

  • La croisade des enfants

    Marcel Schwob

    • Sillage
    • 26 Octobre 2015

    En 1212, huit ans environ après l'échec de la quatrième croisade, l'Europe fut parcourue par un immense cortège de très jeunes gens, qui spontanément avaient tout quitté pour aller délivrer Jérusalem. On sait peu de choses de ce mouvement populaire, parti de France et d'Allemagne, qui impressionna ses contemporains par son ampleur.

    Sans moyens ni soutiens du pouvoir royal ou pontifical, la croisade n'atteignit jamais son but, même si la légende veut qu'une partie au moins des aspirants croisés parvinrent jusqu'à Marseille - où ils embarquèrent pour ne plus revenir.

  • «Le biographe n'a pas à se préoccuper d'être vrai ; il doit créer dans un chaos de traits humains. Leibniz dit que pour faire le monde, Dieu a choisi le meilleur parmi les possibles. Le biographe, comme une divinité inférieure, sait choisir parmi les possibles humains, celui qui est unique. Il ne doit pas plus se tromper sur l'art que Dieu ne s'est trompé sur la bonté. Il est nécessaire que leur instinct à tous deux soit infaillible.
    De patients démiurges ont assemblé pour le biographe des idées, des mouvements de physionomie, des événements. Leur oeuvre se trouve dans les chroniques, les mémoires, les correspondances et les scolies. Au milieu de cette grossière réunion le biographe trie de quoi composer une forme qui ne ressemble à aucune autre. Il n'est pas utile qu'elle soit pareille à celle qui fut créée jadis par un dieu supérieur, pourvu qu'elle soit unique, comme toute autre création.»

  • On peut dire que les travaux entrepris jusqu'à présent pour étudier l'argot ont été menés sans méthode.
    Le procédé d'interprétation n'a guère consisté qu'à voir partout des métaphores. ce procédé nous paraît avoir méconnu le véritable sens des métaphores et de l'argot. les métaphores sont des images destinées à donner à la pensée une représentation concrète. ce sont des formations spontanées, écloses le plus souvent chez des populations primitives, très rapprochées de l'observation de la nature. l'argot est justement le contraire d'une formation spontanée.
    C'est une langue artificielle, destinée à n'être pas comprise par une certaine classe de gens. on peut donc supposer a priori que les procédés de cette langue sont artificiels.
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  • Mimes

    Marcel Schwob

    • Sillage
    • 6 Juin 2014

    Mimes est un texte à part dans l'oeuvre de Marcel Schwob. D'une puissance et d'une concision exemplaires, cette évocation du monde grec ancien est constituée d'une succession de saynètes qui touchent parfois au poème en prose ; nourries d'une fabuleuse érudition, elles empruntent à toutes les formes brèves de la littérature antique et convoquent Longus, Catulle ou Pétrone avec une impeccable élégance.

  • Villon francois

    Marcel Schwob

    • Allia
    • 17 Octobre 2008

    Le travail que j'ai l'honneur de lire ici a pour but d'éclairer quelques points de la vie du poète françois villon, en particulier d'établir qu'il a connu une bande de malfaiteurs " les compagnons de la coquille ", parmi lesquels dix ont été suppliciés au morimont de dijon, le 18 décembre 1455 ; que la composition d'une partie de ses ballades en jargon a suivi de près le supplice des "coquillards" ; que ses amis, regnier de montigny et colin de cayeux ont fait partie de la même bande.

  • Oeuvres

    Marcel Schwob

    • Libretto
    • 21 Septembre 2002

    La récente publication de la passionnante biographie de sylvain goudemare, marcel schwob ou les vies imaginaires (le cherche-midi, 2000) a incontestablement marqué un " retour " à schwob - salué naguère par borges comme l'un des astres majeurs de notre littérature.
    Le même goudemare rassemble ici, en quelque mille pages, l'essentiel des livres qu'a laissés le grand enchanteur : coeur double, le roi au masque d'or, mimes, le livre de monelle, la croisade des enfants, spicilège, vies imaginaires. sans compter les admirables textes consacrés à la redécouverte de villon, aux plaisirs érudits de l'argot - et à maints autres sujets délectables. découvreur de stevenson - dont il fut presque l'égal -, traducteur de shakespeare et de def?, schwob est surtout un conteur de génie qui s'entend comme aucun autre à mélanger histoire et fiction : nul doute qu'il serait devenu, si la mort ne l'avait fauché en pleine jeunesse, une sorte de " borges à la française ".
    Il s'est contenté d'être, en notre langue, le plus sûr rival de schéhérazade.

  • Si Marcel Schwob se réclame de l'oeuvre de François Villon, il porte une admiration, toute aussi grande pour cette autre figure singulière de la littérature, François Rabelais. Son lyrisme, la musique de ses mots, ses plaisanteries érudites le ravissent. Au cours des essais consacrés à l'auteur de Gargantua, réunis ici dans un même recueil, Schwob, tel un archiviste, se plaît à rappeler l'attachement qui lie François Rabelais au parlé populaire. L'attrait de Rabelais pour un pittoresque teinté de «mots étranges et colorés» lui permet de s'affranchir de tout pédantisme et de satisfaire son goût pour les formes du langage, les jeux de mots, les sonorités et les incongruités qui en découlent. Rabelais en Angleterre révèle l'aura de cet esprit érudit et malicieux, dont on retrouve les traces chez nombre d'écrivains, tels Shakespeare, Nashe ou Swift.

  • Coeur double

    Marcel Schwob

    " le coeur de l'homme est double ; l'égoïsme y balance la charité ; la personne y est le contrepoids des masses ; la conservation de l'être compte avec le sacrifice des autres ; les pôles du coeur sont au fond du moi et au fond de l'humanité.

    Ainsi l'âme va d'un extrême à l'autre, de l'expansion de sa propre vie à l'expansion de la vie de tous. mais il y a une route à faire pour arriver à la pitié, et ce livre vient en marquer les étapes ".

  • Trois ans séparent Coeur double, recueil de contes à humour grinçant, du poétique et prophétique Livre de Monelle: par-delà leur différence de ton, ces deux ouvrages incarnent le goût de Marcel Schwob pour le mystère irréductible de l'être. Dans chacun des récits qui composent Coeur double (1891), cet écrivain inclassable - dont la légende dit qu'il avait horreur des miroirs - met en scène un personnage aux prises avec un étrange et épouvantable double surgi du réel... A cette galerie de portraits grotesques succède, dans le Livre de Monelle (1894), un unique personnage, celui d'une petite prostituée: Monelle livre sa sagesse. Le narrateur avant de céder la parole à ses onze soeurs l'Egoïste, la Voluptueuse, la Perverse, la Fidèle, l' Insensible et de disparaître dans la nuit. Evoquant tout à la fois les Psaumes et Les Nourritures terrestres de Gide, Le Livre de Monelle constitue, selon Maurice Maeterlinck, "Les pages les plus parfaites qui soient dans notre littérature, les plus religieusement profondes qu'il nous ait été donné de lire."

  • Vers samoa

    Marcel Schwob

    • Ombres
    • 2 Septembre 2002

    " mon nom samoan est maselo : il m'a été donné par les deux chefs d'apia, seumanu et amituanae.
    Quand je bois le kava ou 'ava, qui est une cérémonie, mon nom est proclamé d'abord avant les battements de mains sacramentels. j'ai une affreuse maisonnette depuis hier - elle ne désemplit pas de samoans. je suis un talkman, un tulafale, un tusitala, et il leur faut des histoires jusqu'à minuit et une heure du matin. il me semble difficile que tu puisses me voir, assis sur une natte parmi tous ces hommes nus et tatoués, à côté du alii, le chef qui m'écarte les mouches avec un chasse-mouches, tandis que sa fille m'évente, et autour de moi les autres tulafale, l'un qui traduit ; les rires de plaisir, les questions sur les détails, les malies d'admiration.
    Le soir du nouvel an j'avais près de moi f?, qui a des moustaches blanches, célèbre pour avoir il y a deux ans coupé la tête du fils de mataafa et l'avoir apportée à son chef seumanu, ce qui est un grand honneur. foe se battait pour le jeune malietoa, maintenant relégué à levuka, dans les fidji. il m'a raconté comment il avait coupé cette tête (ulumutu). tous ces gens sont des guerriers endurcis qui ne pensent qu'à se battre.
    ".

  • " d'abord il s'était intéressé à l'art, mais seulement à l'art qui semblait ne relever d'aucune école.
    Ainsi il avait commencé par admirer une demi-douzaine de peintres, les uns inconnus ; d'autres d'on ne connaissait qu'un tableau ; d'autres encore comme le maître des demi-figures, dont nous ne possédons même pas le nom. il savait qu'en faisant jouer un ressort derrière l'un des tableaux de la grande salle du musée de haarlem, sous le panneau de la confrérie saint-jean de jérusalem, une petite porte s'ouvre, comme enchantée, et que dans une chambre secrète on aperçoit une merveilleuse sainte cécile.
    Il connaissait à paris une descente de croix de wohlgemuth, deux portraits de cranach, un de fra filippo lippi, mais n'en partageait la vue qu'avec leurs possesseurs. dans certaines chapelles d'allemagne il était seul à avoir découvert la main de schoorl ou de schaüffelin sur des retables que personne n'a regardés depuis quatre cents ans. malheureusement, un à un, on violait ses secrets ; de curieux voyageurs, des savants sur une piste, des catalogueurs de musée, révélaient au public ce que cyprien s'était cru seul à adorer.
    ".

  • Le roi au masque d'or

    Marcel Schwob

    • Ombres
    • 6 Juillet 2001
  • La croisade des enfants de 1896 de Marcel Schwob raconte la légende médiévale de l'exode de quelque 30 000 enfants de tous les pays en Terre sainte, qui se sont rendus sur les rives de la mer qui, au lieu de se séparer pour leur permettre de marcher jusqu'à Jérusalem, ont les a livrés à des marchands qui les ont vendus comme esclaves en Tunisie ou à une mort par noyade. C'est une histoire cruelle et douloureuse mêlant histoire et légende, que Schwob raconte à travers les voix de huit protagonistes différents: un goliard, un lépreux, le pape Innocent III, un clerc, un qalandar et le pape Grégoire IX, ainsi que deux enfants croisés, dont la foi naïve finit par se transformer en peur et en angoisse grandissantes.

  • Pour ses Vies Imaginaires, Marcel Schwob rassemble 22 portraits présentent des personnages issus des marges de l'histoire, d'Empedocles «Le Dieu supposé» et Clodia «La matrone licencieuse», en passant par le pirate Captain Kidd et les assassins écossais Messieurs Burke et Hare. Dans sa quête de vies uniques, Schwob a également formulé une conception précoce de l'anti-héros et a abandonné les personnages historiques au profit de leurs ombres. S'appuyant sur des influences historiques telles que Plutarque et Diogène Laërtius, ainsi que sur des auteurs plus contemporains tels que Thomas De Quincey et Walter Pater, Schwob établit le genre de la biographie fictive avec cette collection: une forme de récit qui défend la spécificité de l'individu au fil des années. la généralité de l'histoire et le détail mémorable d'un vice sur la banalité oubliable d'une vertu.

  • Le Livre de Monelle, à la fois poème en prose et essai philosophique, récit transparent et grave qui a inspiré à Gide ses Nourritures terrestres, est une oeuvre phare du symbolisme, dont les résonances se prolongent jusqu'à aujourd'hui : "Pense dans le moment. Toute pensée qui dure est contradiction. Aime dans le moment. Tout amour qui dure est haine... Détruis, car toute création vient de la destruction". Derrière la perfection formelle de l'ouvrage
    se cache une émotion continue : le livre est né de la passion de
    Schwob pour une jeune prostituée morte de tuberculose, et dont le
    souvenir n'a cessé de le hanter.

  • Aurait-on écrit tant de biographies, depuis un siècle, sans Marcel Schwob ? Oh oui, bien sûr. Les aurait-on écrites de la même façon ? Non, certainement.

    Voilà quelqu'un qui arrive avec un texte atypique, singulier à l'extrême, mais qui en fait un levier pour bouger imperceptiblement - et discrètement - toute la littérature. Allez commencer un livre avec la fistule de Louis XV ou le nez camard de Sophocle.

    Mais tout tient de là : il ne s'agit pas d'aller fouiller les poubelles des grands hommes, et ce n'est pas la vie qui explique l'oeuvre. Seulement, dans l'infinie singularité de ceux qui nous laissent cette part d'énigme ou de beauté qui nous est si précieuse, c'est dans l'arbitraire, voire le petit, qu'il faut aller chercher, pour trouver sur quoi peser en soi-même.

    Et c'est ce qu'accomplit Schwob, en nous refaisant, dans ce bref livre, toute une histoire de nos mythes. Ainsi Erostrate, qui fit brûler le célèbre temple d'Artémis parce qu'il n'avait pas d'autre moyen de devenir célèbre lui-même. Ou, Lucrèce, poète, qui suit ce "poète haineux" qui n'eut pas d'autre tort que de naître le même jour que Dante... Ou, bien plus tard, ce juge un peu lâche, qui ne sait pas se hisser à la hauteur de Jeanne d'Arc.

  • Mimes est un texte à part dans l'oeuvre de Marcel Schwob. D'une puissance et d'une concision exemplaires, cette évocation du monde grec ancien est constituée d'une succession de saynètes qui touchent parfois au poème en prose ; nourries d'une fabuleuse érudition, elles empruntent à toutes les formes brèves de la littérature antique et convoquent Longus, Catulle ou Pétrone avec une impeccable élégance.

  • Vies imaginaires

    Marcel Schwob

    De Borges à Pierre Michon, nombreux sont les auteurs qui, au XXe siècle, ont écrit à l'enseigne des Vies imaginaires. Au gré de sa fantaisie et de son érudition, Schwob réinvente dans ce livre unique le genre de la biographie, croquant par le menu une vingtaine de personnages, illustres ou méconnus, de l'Antiquité au milieu du XIXe siècle : l'acteur Gabriel Spenser, les assassins Burke et Hare, la «matrone impudique» Clodia, le «pirate illettré» Walter Kennedy, le «poète haineux» Angiolieri...
    Une délicieuse série de tableaux, dont Colette, s'adressant à Schwob, dira : «J'ai ici tes admirables Vies imaginaires, heureusement, et la perfection irritante de quelques-unes me fait mal dans les cheveux et des picotements dans les mollets. Tu ne connais pas ça, qu'on ressent en lisant quelque chose qui vous plaît trop ?»

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