L’émergence d’une génération de penseurs:

  • Dans cet ouvrage, à la fois synthèse encyclopédique et programme de recherche novateur, Jonathan Israel propose de réviser en profondeur notre représentation des Lumières et de la modernité : il nous invite tout d'abord à considérer comme un ensemble la période qui va de l'âge d'or du rationalisme classique au Siècle des Lumières, à ne pas limiter notre regard à la France et à l'Angleterre, autrement dit aux deux pays qui se disputent habituellement le rôle de centre géographique et historique des Lumières, mais à l'étendre à toute l'Europe, et à ne pas nous en tenir aux grandes figures qui peuplent le plus souvent le panthéon des manuels d'histoire et de philosophie ; surtout, il analyse les effets de l'onde de choc durable provoquée en Europe par l'oeuvre de Spinoza : pour Israel, pendant un siècle et demi, l'Europe a été travaillée en profondeur par le spectre du spinozisme. Le « spinozisme », cette constellation transeuropéenne de penseurs radicaux, a ainsi selon lui contribué de façon décisive, par son travail de sape des autorités établies, à définir de manière polémique la modernité qui est encore la nôtre. C'est donc une histoire alternative des origines de l'Europe contemporaine que nous donne à lire Jonathan Israel.

  • Les limites du capital

    David Harvey

    Les Limites du capital, dont la première édition est parue en 1981, est le plus grand livre du géographe David Harvey et l'un des monuments de la théorie marxiste du siècle passé. Produit d'une dizaine d'années de recherches et de réflexions, cet ouvrage propose une reconstruction « historico-géographique » de l'analyse du capitalisme développée par Marx.
    Reconstruction, et non commentaire, car l'objectif de l'auteur est double : d'une part, il met à l'épreuve la cohérence et la solidité des travaux économiques de Marx (principalement exposés dans Le Capital, mais aussi dans les manuscrits préparatoires à ce livre, tels les Grundrisse) ; d'autre part, il met particulièrement en relief certains aspects de la théorie marxienne, comme les notions de contradiction et de crise du capitalisme, et en propose des prolongements inédits, le plus marquant concernant la production capitaliste de l'espace : le capitalisme est un système socio- économique qui se développe et résout ses inévitables crises d'accumulation en créant et en détruisant des territoires. Harvey fait donc la part belle à l'examen de la rente foncière et des processus de financiarisation, en particulier du crédit.
    Qu'on ne s'y trompe donc pas : Les Limites du capital construit une théorie générale du capitalisme. C'est pourquoi cet ouvrage presque quarantenaire, antérieur aux séismes financiers qui ont secoué les trois dernières décennies, n'a absolument pas vieilli.
    Pas à pas, méticuleusement, il guide les lecteurs à travers les vertigineuses complexités d'un système capitaliste qui est plus que jamais le nôtre.

  • L'Europe n'est plus au centre du monde, l'histoire européenne n'incarne plus « l'histoire universelle », mais ses catégories de pensée et ses concepts politiques continuent de régir les sciences sociales, la discipline historique et nos représentations politiques.
    Avoir pour projet de provincialiser l'Europe n'équivaut pas à rejeter la pensée européenne, il ne s'agit pas de prôner une « revanche postcoloniale ». Mais la pensée européenne, aussi indispensable soit-elle, est inadéquate pour appréhender l'expérience de la modernité politique dans les nations non occidentales.
    Comment s'affranchir de son « historicisme » ? Comment interpréter les faits sociaux sans les contraindre à se conformer au modèle, limité et exclusif, de l'accession progressive de tous, au cours de l'histoire, à une certaine conception de la « modernité » ? L'enjeu est de parvenir à renouveler les sciences sociales, à partir des marges, pour sortir d'une vision qui réduit les nations non européennes à des exemples de manque et d'incomplétude, et penser au contraire la diversité des futurs qui se construisent aujourd'hui.
    Ce livre s'y essaie, en décrivant diverses manières d'être dans le monde, qui sont autant d'histoires singulières et fragmentaires, autant de réinterprétations, de traductions et de transformations pratiques des catégories universelles et abstraites de la pensée européenne.

  • Parce qu'il s'est immiscé dans les moindres recoins des sociétés contemporaines, le capitalisme a bouleversé le visage des villes telles que nous les connaissons. La concentration de la population mondiale dans des agglomérations désormais gérées comme des entreprises fait de la construction de l'espace urbain un observatoire privilégié tant des logiques managériales et financières que de la production des inégalités sociales et spatiales.
    De l'adaptation au changement climatique à la Smart City en passant par le zonage logistique et l'économie de plateformes, cette encyclopédie critique propose une cartographie inédite de la ville contemporaine, qui invite concevoir l'espace comme un rapport social et donc comme un lieu de lutte.
    Présentant de riches enquêtes empiriques menées aux quatres coins du globe, ses entrées exposent de manière thématique les principaux enjeux auxquels sont confrontées des populations marginalisées à la fois d'un point de vue matériel et dans les processus de décisions qui affectent leur vie quotidienne. La démarche suivie, qui associe à ce réquisitoire implacable l'esquisse systématique de voies alternatives, argumente de manière actuelle et accessible en faveur de la défense renouvelée d'un « droit à la ville »

  • La critique de la propriété est à l'ordre du jour. On a vu, ces dernières années, se développer une réflexion sur le rôle de la rente dans le creusement des inégalités (Piketty) ou sur la nécessité de rendre certains biens à la propriété collective ( Dardot et Laval). Le livre de Pierre Crétois se situe dans ce champ, où il trace un sillon original. Il n'aborde pas le problème seulement par ses effets délétères, mais le reprend à la racine.
    La propriété privée s'élabore à partir de la Renaissance, en tant que pendant de la souveraineté politique : l'individu règne en maître sur ses choses comme le souverain sur ses sujets. Elle devient un droit naturel, celui de la personne à jouir comme elle l'entend des fruits de son travail. La Révolution sanctuarisera cette idée dans la Déclaration des droits de l'homme. C'est là que les difficultés surgissent. Il n'a jamais existé dans la réalité de propriété absolument privée : les choses ne sont pas appropriables en tant que telles, mais sont des lieux où se rencontrent des existences et activités individuelles et collectives. Le propriétaire ne doit plus être conçu comme un despote sur son domaine, mais comme membre de communautés et d'écosystèmes.
    Pierre Crétois fait donc d'une pierre deux coups : il démystifie la propriété privée, en la débarrassant des fadaises libérales et libertariennes, et la replace au centre de la politique.
    Pas d'émancipation sans transformation de la propriété.

  • L' hypothèse autonome

    Julien Allavena

    Des émeutes aux ZAD, le siècle qui s'ouvre est marqué par la percée d'une sensibilité politique où se mêlent organisation horizontale, méfiance vis-à-vis des mécanismes de domination internes aux mouvements sociaux, occupation et mise en réseau d'espaces alternatifs, recherche d'une certaine clandestinité ou encore approche amorale et pragmatique de la violence déprédative.
    Pour comprendre ces pratiques, il faut sortir à la fois des discours policiers sur la radicalité d'une « ultra-gauche » fantasmée et de ceux que tiennent par les dits radicaux sur euxmêmes (les autonomes). Alors on peut envisager l'autonomie non pas comme un mouvement ou une idéologie, mais comme une hypothèse stratégique. Celle-ci peut se formuler ainsi : dès lors que le système productif et sa discipline se sont disséminés dans toutes les facettes de la vie, il ne s'agit plus de se réapproprier la production, mais de s'en libérer, ce qui implique de rechercher une transformation immédiate de la vie quotidienne.
    Cet ouvrage retrace le cheminement de l'hypothèse autonome au gré des expériences historiques où elle fut formulée et actualisée, de l'Italie des années 1970 à la France des années 2010. Il montre comment la modernisation de la gouvernance à l'oeuvre depuis le dernier quart du xxe siècle a plusieurs fois conduit à sa mise en échec. Et en tire cette conclusion : dès lors que les capacités matérielles de détruire comme de s'approprier semblent faire défaut, l'autonomie constitue peut-être une hypothèse à dépasser.

  • Le constat est connu : l'« anti-terrorisme » guerrier est bien plus meurtrier que le mal qu'il entend combattre. Plus, il est désormais établi que les moyens qu'il met en oeuvre - notamment les bombardements aériens et la torture, dont la pratique est pourtant dénoncée officiellement par les États-mêmes qui en font usage - contribuent à nourrir la violence « terroriste ». Comment alors comprendre l'apathie qui mine les sociétés occidentales à ce sujet ?
    Pour répondre à cette question, il faut appréhender comment les violences commises par les professionnels de la guerre de l'espace euro-atlantique sont naturalisées, autrement dit, comment l'opposition socialement construite entre des violences légitimes et d'autres illégitimes est constitutive de « cadres de guerre » qui justifient l'action des militaires en l'institutionnalisant. Mathias Delori montre que l'établissement de tels cadres passe par la constitution des populations entières en purs objets de discours : les « dégâts collatéraux » n'ont en effet pas droit à la parole. Livrant une enquête magistrale sur les opérations de racialisation et de déshumanisation qui sous-tendent les violences commises par les sociétés libérales au nom de la défense de la « vie bonne », il met au jour la manière dont ces dernières, derrière un cosmopolitisme de façade, hiérarchisent incessamment la valeur des vies humaines.

  • La forme du sommeil qui prévaut dans les sociétés occidentales n'est en rien « naturelle » : elle ne s'est imposée qu'à partir du xixe siècle. Jusqu'alors, le sommeil y était généralement scindé en deux blocs de durée égale, séparés par une période de veille d'une heure environ que pouvaient occuper diverses activités :
    Méditation silencieuse, réflexion sur le sens des rêves, prière, rapports intimes, consommation de tabac, tâches ménagères, soin des bestiaux... Mais avec la révolution industrielle et son cortège de bouleversements, en particulier la large diffusion de nouvelles technologies d'éclairage artificiel, un processus de consolidation du sommeil est intervenu qui a abouti à l'imposition de la norme du sommeil d'un bloc de huit heures ininterrompues.
    Ce processus s'est accompagné d'une dévalorisation du sommeil, lequel n'est plus considéré comme un impératif biologique, mais comme un temps mort qui ne peut faire l'objet d'une valorisation économique. Une pression culturelle forte se développe dès lors en faveur d'un temps de sommeil réduit.
    Parallèlement, le fait de se réveiller au milieu de la nuit se trouve assimilé au plus célèbre des troubles du sommeil : l'insomnie.

  • Le récit d'une mondialisation apaisée ou heureuse qui s'était affirmé à la fin du XXe siècle s'est épuisé : depuis les années 2000, l'impérialisme est de nouveau "sur toutes les lèvres", comme l'écrivait déjà Hobson en 1902. L'exacerbation des logiques expansionnistes observée depuis la fin de la guerre froide a conduit à la reformulation d'une série de questions et d'hypothèses incontournables pour qui souhaite comprendre les relations internationales : les Etats modernes sont-ils nécessairement sous la domination de l'un d'entre eux, qui organise non pas seulement sa propre économie, mais le capitalisme dans son ensemble ? Ou bien peut-on envisager l'existence d'une coalition supranationale qui organise le capitalisme au niveau mondial, instaurant une lutte des classes globale ? A moins que les Etats les plus puissants ne soient dans l'incapacité d'organiser le capitalisme mondial de façon collective, la dynamique du capital se heurtant notamment à la permanence de souverainetés territoriales, nourrissant des rivalités et des conflits qui ne cessent de menacer la stabilité du système dans son ensemble.
    Explorant les réponses apportées à ces questions par certains courants théoriques anglo-saxons encore peu connus en France, cet ouvrage propose à la fois une introduction éclairante à certaines thématiques centrales de l'étude des relations internationales et des analyse novatrices de leurs développements récents.

  • Le Triangle fatal est un ouvrage tiré d'un cycle de trois leçons données par Stuart Hall à l'université de Harvard en 1994. Hall y traite de l'identité culturelle, qu'il tient pour la question politique centrale de notre époque, en examinant la construction discursive de trois de ses formes principales : la race, l'ethnicité et la nation. À chaque fois, il reconstruit les opérations discursives effectuées par ces notions, les significations qu'elles induisent, les différences qu'elles produisent et qui leur permettent d'avoir des effets réels.
    Par exemple, même si l'on sait que les races, entendues au sens biologique et génétique, n'existent pas, la dimension biologique de la notion de race est inéliminable : c'est la signification investie dans des caractéristiques physiques qui lui permet de fonctionner comme fabrique d'altérité, comme système de différenciations culturelles, sociales et politiques. C'est aussi sa fausse évidence ou naturalité qui lui confère sa permanence et son emprise.
    L'ethnicité est une catégorisation qui se veut plus large, et moins stigmatisante, que celle de race - une définition de l'identité davantage axée sur une communauté culturelle, en particulier de langue, de traditions et de coutumes. Selon Hall, dans le contexte de la mondialisation et de l'accélération des migrations mondiales, la résurgence de la problématique ethnique s'explique par le déclin d'hégémonie de l'échelon fondateur de l'identité collective moderne : la nation. L'identité étant ainsi scindée de son lieu concret d'origine, au profit d'un espace mondial plus abstrait, les identités prolifèrent et se mêlent les unes aux autres, de façon désordonnée, voire anarchique.
    C'est le paradigme de l'hybridité ou de l'identité diasporique, à propos de quoi Hall explique en conclusion : « La question n'est pas de savoir qui nous sommes, mais qui nous pouvons devenir. » Ce bref livre, qui présente de façon succincte la méthode et certaines des idées centrales de Stuart Hall, constitue le point d'entrée idéal dans une oeuvre dense et complexe, abordant des problématiques qui demeurent d'une brûlante actualité.

  • À trop s'intéresser au discours public des dominants et des dominés, au détriment de leur discours « caché », par définition difficilement saisissable, on approche les situations de domination de manière trompeuse, et l'on risque de ne pas même apercevoir la résistance effectivement opposée par les subalternes. Il y a là un véritable défi épistémologique pour tous les analystes du monde social et des situations de domination. Derrière le masque de la subordination et l'écran du consensus et de l'apparente harmonie sociale couve ce que James C. Scott nomme « infra-politique des subalternes » : la politique souterraine, cachée, des dominés. Dans toutes les situations de domination, même les plus extrêmes, ces derniers continuent, de façon dissimulée, à contester le discours et les pouvoirs dominants, et à imaginer un ordre social différent. Il faut donc, selon l'auteur, refuser les théories de la « fausse conscience » qui postulent que la domination idéologique des élites est si efficace que leurs valeurs et leurs représentations sont nécessairement adoptées et incorporées par les dominés, et s'efforcer de rassembler les fragments du discours subalterne pour en dégager la logique.
    Fondé sur l'analyse de sociétés dans lesquelles il n'existe pas d'espace public où contester légitimement l'ordre existant, ce livre offre des outils théoriques précieux pour tous ceux qui cherchent à éclairer les formes subjectives de la vie sociale et les expériences de domination, d'exploitation et de répression. Son intérêt pour ceux et celles qui s'efforcent de penser les termes d'une politique d'émancipation radicale, y compris dans les sociétés dites démocratiques, ne devrait également pas échapper à ses lecteurs.

  • Sages et ignorants, quelques sages et beaucoup d'ignorants : le philosophe est confronté à la nécessité de prendre en compte cette différence, qui peut dégénérer en contradiction, et devenir une source de conflits au coeur desquels son entreprise se trouve inévitablement plongée. Parfois présenté comme un doctrinaire de la vérité pure, Spinoza est peut-être pourtant le philosophe qui a le plus fortement perçu le halo d'impureté dont la vérité à chaque fois s'entoure, ce dont il a entrepris de tirer toutes les conséquences. Comme le soutenait Deleuze, sa philosophie est en réalité avant tout « pratique », impliquée de part en part dans le mouvement des choses et de la vie, avec la prise de risques que cela suppose. Adopter le genre d'attitude propre à une philosophie pratique, c'est du même coup renoncer à délivrer des leçons de vérité assénées sous un horizon de certitude absolue.
    Dans cet essai, Pierre Macherey s'empare de l'alternative posée par le philosophe entre sagesse et ignorance, où se croisent sans se confondre un certain nombre d'enjeux fondamentaux qui concernent l'ontologie (la puissance de la substance et la nécessité de la nature des choses), l'éthique (la bonne conduite de la vie et les satisfactions qu'elle procure) et la politique (la paix civile, conforme aux exigences de la raison et indispensable à son exercice). Car ce qu'il s'agit de déterminer, c'est si Spinoza est un conservateur, défenseur acharné de mesures sécuritaires destinées à contenir les fureurs de la foule ignorante, ou un révolutionnaire, partisan d'une transformation radicale de l'ordre social allant dans le sens d'une levée des contraintes qui en font un mode collectif d'asservissement et d'abêtissement pour la plupart de ceux qui y participent.

  • La notion de populisme en est venue ces dernières années à occuper une place prépondérante dans l'espace public. La séquence ouverte par le Brexit, marquée par la victoire de Donald Trump aux États- Unis et de Jair Bolsonaro au Brésil ou par l'arrivée au pouvoir du Mouvement 5 étoiles en Italie, a été accompagnée par une série de publications visant à repérer des attributs fondamentaux, les catégories stables et les causes linéaires d'une ligne politique pourtant profondément hétérogène. Il paraît en effet compliqué de déterminer en quoi consiste l'essence du populisme, d'en dégager des attributs invariants, des tendances constantes. Surtout, en cantonnant les caractéristiques populistes à une série de figures politiques (les populistes), on perd de vue les éléments discursifs communs que ces dernières partagent avec les personnalités qui prétendent s'y opposer - que l'on pense ne serait-ce qu'aux convergences qui se font jour sur les politiques migratoires.
    Afin de dépasser les impasses d'une telle essentialisation de ce phénomène, ce livre souhaite prendre à rebrousse-poil la question, en partant du concept de style, pour étudier la ressemblance, le flux et le devenir, plutôt que l'essence, la stabilité et l'attribut. De cette façon, il devient possible de parler de styles populistes plutôt que d'un principe populiste déployé autour d'une série de caractéristiques intrinsèques. Le populisme devient alors une méthode de prise et d'exercice du pouvoir dans des périodes d'instabilité profonde de la reproduction des élites, où la conquête du pouvoir et sa perte apparaissent comme des moments toujours plus rapprochés.
    Méthode dont le succès révèle une intensification des luttes de pouvoir au sein des élites dominantes dans un contexte de crise du paradigme néolibéral, et dont la multiplication de l'usage entraîne une profonde recomposition des espaces politiques occidentaux.

  • La désindustrialisation à l'oeuvre depuis les années 1970 a confiné des pans entiers des classes populaires aux marges du salariat. Tenues à l'écart des principaux circuits marchands, ces populations ont dû réorganiser leur travail et leur vie quotidienne de manière à satisfaire les besoins essentiels à leur subsistance, selon une dynamique qui confère une centralité nouvelle à l'espace urbain : pour elles, l'accès à la plupart des ressources matérielles et symboliques nécessaires au maintien d'une existence digne est intimement lié à leur ancrage territorial.

    Or, les pratiques attachées à cette centralité populaire sont aujourd'hui contestées. Prises dans la course à la métropolisation, certaines villes voudraient en définitive remplacer ces populations, dont elles considèrent qu'elles « ne font rien », par d'autres issues des classes moyennes et supérieures, n'hésitant pas à agiter le spectre du communautarisme et celui du ghetto. Il s'agit, au contraire, de saisir ce qu'impliquent les processus contemporains de fragmentation de l'espace social pour des personnes qui ne sont ni plus ni moins que des travailleuses et des travailleurs.

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